Rentrée scolaire 2026-2027 : réflexion sur le protocole de pré-rentrée et rentrée administrative (par Alain Mouagouadi)


À la lecture du protocole de pré-rentrée et de rentrée administrative pour l’année scolaire 2026-2027, il apparaît que les préoccupations développées sont essentiellement d’ordre administratif et organisationnel : conception des emplois du temps, affectations des élèves, inscriptions, transferts et gestion des plateformes numériques. Cependant, ce protocole semble ignorer une question pédagogique majeure qui engage pourtant l’avenir du système éducatif gabonais : la poursuite de la généralisation de l’Approche Par Compétences (APC) au collège, notamment son introduction en classe de troisième.

Une réforme pédagogique ne peut être réduite à une simple prescription institutionnelle. La généralisation de l’APC exige une préparation rigoureuse et un accompagnement conséquent des principaux acteurs que sont les enseignants. Il est donc indispensable d’organiser une véritable formation de l’ensemble des enseignants, afin qu’ils maîtrisent les fondements de cette approche, ses méthodes d’enseignement, ses outils d’évaluation et ses exigences pédagogiques.

L’introduction de l’APC en classe de troisième pose également une question incontournable : celle de l’adaptation du Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC). Il serait contradictoire de former les élèves selon une approche centrée sur le développement des compétences tout en conservant des épreuves d’examen conçues selon une logique différente. Une réforme curriculaire doit nécessairement être accompagnée d’une réforme de l’évaluation certificative.

Par ailleurs, il faut rappeler qu’aucune réforme éducative ne peut réussir sans un investissement financier à la hauteur de ses ambitions. La mise en œuvre effective de l’APC nécessite des ressources pour :

  • Former et accompagner durablement les enseignants ;
  • Produire des supports pédagogiques adaptés ;
  • Renforcer les capacités des établissements ;
  • Assurer un suivi régulier de la réforme ;
  • Garantir des conditions d’apprentissage compatibles avec les objectifs fixés.

Il faut avoir le courage de reconnaître une réalité : une réforme mal préparée et insuffisamment financée peut être plus dommageable qu’une absence de réforme. Une APC appliquée sans formation suffisante, sans ressources pédagogiques et sans accompagnement risque de devenir une simple modification de vocabulaire administratif, sans impact réel sur les apprentissages.

Si notre pays ne dispose pas aujourd’hui des moyens nécessaires pour introduire correctement l’Approche Par Compétences, il faut alors avoir le courage et l’honnêteté intellectuelle de réinterroger cette orientation et, le cas échéant, de revenir temporairement à une Approche Par Objectifs (APO) mieux maîtrisée, plutôt que de maintenir une réforme ambitieuse dans des conditions qui compromettent sa réussite.

Alain Mouagouadi, conseiller pédagogique et acteur syndical.

L’école gabonaise ne mérite pas des réformes de façade ni des expérimentations improvisées. Elle mérite une politique éducative fondée sur une vision claire, des choix assumés et des moyens réels. Une réforme éducative ne se décrète pas seulement dans les discours et les textes administratifs ; elle se construit par la formation, l’investissement et l’accompagnement des femmes et des hommes qui font vivre l’école au quotidien.

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