Pendant que nous célébrions la « Fête du travail » ce 1er mai 2026 dans la ville de Lambaréné, la tristesse et le désarroi couvaient l’Hôpital Albert Schweitzer. En effet, le 8 avril 2026, le personnel de cet hôpital historique est entré en grève. Les agents réclament ainsi cinq mois de salaire.

Une question demeure face à cette situation : « Comment célébrer le travail quand un secteur aussi sensible que la santé se porte mal dans un hôpital historique ? » 

Nul besoin d’imaginer le stress dans lequel vivent les agents de cet illustre hôpital de Lambaréné. 

Comment régler son loyer lorsque nous avons cinq mois de salaire impayés ? Comment se nourrir quand nous avons cinq mois de salaire impayés ? Comment expliquer à son enfant que l’on ne peut pas payer sa scolarité alors qu’il nous voit nous lever tous les matins pour aller travailler ? Comment lui expliquer qu’il ne pourra plus prendre de taxi ni se restaurer pendant les récréations faute d’argent alors que ses parents s’habillent tous les matins pour se rendre au travail (à l’Hôpital Albert Schweitzer) ? Comment expliquer les multiples emprunts d’argent auprès des membres de nos familles durant plusieurs mois quand on se lève tous les matins pour prendre son service à l’Hôpital Albert Schweitzer ? 

Tout le monde sait que nous travaillons dans un hôpital dont la notoriété n’est plus à démontrer dans le Moyen-Ogooué. Pourtant, il est possible d’y passer cinq mois sans salaire. N’est-ce pas une honte pour le pays ? Une telle souffrance dans un lieu considéré comme un symbole !

Durant ces mois de salaire impayés, ce n’est pas seulement le portefeuille de ces travailleurs qui est affecté, mais aussi leur dignité. Combien sont menacés par leurs bailleurs ? Quelle dignité peut-on conserver face à son épouse quand on ne peut pas ramener un sac de riz à la maison ? Quelle dignité peut-on avoir quand on ne peut pas expliquer à son enfant pourquoi il doit abandonner ses recherches scolaires parce que l’on ne trouve pas l’argent pour renouveler un abonnement internet ? 

Que se passe-t-il réellement à l’Hôpital Albert Schweitzer ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Depuis le début de cette grève, c’est la population du Moyen-Ogooué qui en subit les conséquences. Les malades partent parfois de très loin pour rallier cet hôpital (Ndjolé ; lacs). Certains usagers arrivent même des provinces voisines. 

Une structure hospitalière qui améliore la vie d’innombrables Gabonais ne saurait subir une telle crise. Dans cette crise, ce n’est pas seulement la notoriété de cet établissement qui est entachée mais aussi celle des autorités susceptibles de résoudre ce problèmes de salaires impayés. En effet, l’Hôpital Albert Schweitzer est plus qu’un hôpital : c’est un symbole national et international. Ces mois de salaire impayés n’honorent pas le Gabon.

En 2015, nous avons rencontré une Française venue au Gabon pour visiter l’Hôpital Albert Schweitzer. Elle a séjourné dans un hôtel à Libreville avant de prendre la route pour Lambaréné. Si quelqu’un peut quitter la France et dépenser des milliers d’euros pour se rendre au Gabon afin de visiter l’Hôpital Albert Schweitzer, c’est bien la preuve que cet établissement hospitalier est une véritable richesse historique. Tous ceux qui travaillent sur ce site contribuent, d’une manière ou d’une autre, à préserver cet héritage capable de booster le tourisme au Gabon. Il n’est donc pas acceptable que les employés de cet hôpital historique soient exposés à la misère et à la perte de leur dignité.

Nous espérons vivement que le chef de l’État sera sensible à la détresse de ces pères et mères de famille qui travaillent pour le bien-être des populations. Bâtir un nouveau Gabon, c’est aussi investir dans la dignité des travailleurs. Ce 1er mai 2026 est l’occasion de jeter un regard lucide sur les conditions des travailleurs en République gabonaise.

Arnaud N’zassy (blogueur, écrivain et enseignant)