Que se passe-t-il du côté du Bord de Mer ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il existe un malaise évident entre le président et ses collaborateurs. Par collaborateurs, il faut entendre les personnes nommées par ce dernier pour l’accompagner dans la Transition. Lors de sa tournée dans la Nyanga, le président Brice Claitaire Oligui Nguema n’a pas caché son exaspération face à l’attitude de certains collaborateurs. Pour lui, certains collaborateurs ne savent pas où il va et ne semblent pas s’adapter à sa vision du nouveau Gabon.

Il précise : « Il n’y a pas à dire, en dix mois, vous ne savez pas. Dix mois, vous savez. Dix mois vous êtes à mes côtés. Dix mois, vous êtes avec moi. Dix mois, vous êtes là. Et dix mois, vous ne savez pas où je vais. Et dix mois, vous n’êtes pas capables de me suivre. Qu’est-ce que vous faites avec moi en dix mois ? » Cette anaphore révèle non seulement la surprise du président de la Transition qui estime que dix mois sont largement suffisants pour comprendre sa vision du nouveau Gabon, mais aussi le constat qu’il a dressé sur la passivité de certains collaborateurs. Cette anaphore traduit surtout l’incapacité de certains collaborateurs à suivre son programme.

Qui sont donc ces collaborateurs que le président de la Transition traîne comme des boulets accrochés à ses pieds ? Qui sont ces cailloux enfouis dans les souliers du général Brice Clotaire Oligui Nguema et qui l’empêchent de marcher ? Il faut avouer que la sonnette d’alarme avait été tirée au lendemain de nombreuses nominations annoncées par la Transition. On a décrié la forte teneur en pédégisme dans les remèdes apportés au Gabon meurtri par 56 ans de régime totalitaire et gabegiste. Pour certains Gabonais, il était évident que la Transition rencontrerait de grosses déconvenues au regard des nominations boudées par les populations ici et là. En réalité, il y a des habitudes qui ont la peau dure. Après dix mois de Transition, nous sommes au regret de constater que les vieux démons du système Bongo-PDG ont refait surface par endroit.

Par ailleurs, le président a évoqué l’inertie de ses collaborateurs face aux attaques politiques des tenants du pouvoir déchu. Cette passivité semble confirmer la méconnaissance de la vision du chef de l’État. En effet, tout porte à croire que ces collaborateurs ne savent pas sur quel pied danser alors qu’ils sont engagés dans un processus de transformations politiques. Le locataire du Bord de Mer le souligne sans ambiguïté : « Et quand on vous pose les questions à la télé, vous hésitez ». Cette hésitation ne pose-t-elle pas plutôt le problème de compétence ? Au début de la Transition, on avait parlé des hommes qu’il faut à la place qu’il faut. N’a-t-on pas péché à ce niveau ? À propos de ces attaques politiques, le président ajoute : « C’est aussi ça la politique. C’est répondre quand on nous attaque. N’attendez pas que je donne l’ordre. Vous êtes avec moi, vous répondez. »

La seule volonté du président de la Transition ne suffira pas à faire avancer le Gabon tant que ses collaborateurs ne suivront pas le rythme de la musique. Après dix mois, nous avons l’impression que le président est désormais seul tel un maître de chœur face à une chorale cacophonique. Si rien n’est fait pour changer la donne, la Transition prendra inéluctablement du plomb dans l’aile.

On ne peut pas tourner un bon film à partir d’un mauvais casting. Je m’arrête ici. On va encore dire que N’zassy parle trop.