L’arrivée du CTRI au pouvoir a permis de mettre en lumière la gabegie orchestrée par le Parti Démocratique Gabonais qui — loin d’être dissous par le ministère de l’Intérieur — semble avoir repris du poil de la bête. Ce pillage systématique du PDG a conduit le pays au bord du gouffre. Heureusement que les militaires ont pris leurs responsabilités le 30 août 2023. S’il ne fait pas attention, le CTRI pourrait glisser progressivement dans les errements du système Bongo-PDG.
Il faut dire qu’en 55 ans de pouvoir, le Parti Démocratique Gabonais a pratiqué une sorte d’apartheid économique. Nous pouvons résumer cela par la formule suivante : << tout pour Libreville et rien pour les autres provinces >>. Toutes les ressources puisées dans les autres provinces n’ont servi qu’à développer Libreville et à remplir les ventres des pédégistes. Qu’est-ce que les villes de Mayumba et Tchibanga ont gagné avec le pétrole exploité au large des côtes qui baignent la province de la Nyanga ? Allez dans ces deux villes. On manque de tout. Rappelons que le goudron de la nationale n’arrive pas à Tchibanga, mais l’on veut construire Libreville 2.
Au Moyen-Ogooué, on exploite de l’or à Ndjolé. Faites un tour dans cette ville et dites-nous si cette ville est à la hauteur des richesses exploitées sur place. En 2018, nous y étions. Il n’y avait pas d’ambulance, pas de bibliothèque municipale ou autre, manque de salles de classe… c’est à Lambaréné qu’il faut se rendre lorsque l’on veut se soigner convenablement (si vous avez la chance d’arriver en vie). Combien de mères et pères ont pleuré leur progéniture dans ce périple sanitaire ? Combien d’enfants ont perdu la vie dans ce trajet Ndjolé-Lambaréné ? Pourtant, on exploite l’or à Ndjolé. L’argent de Libreville 2 peut servir à régler ces problèmes.
Le CTRI connaît sans aucun doute la ville de Mbigou. Dans cette ville du Gabon, il faut parcourir plusieurs kilomètres sur la latérite, côtoyer des ravins dont on n’aperçoit que la cime des arbres, en direction de Lebamba, pour se soigner convenablement dans un hôpital. Cette ville manque de tout. Un hôpital qui ressemble davantage à un mouroir qu’autre chose. Il n’y a pas de bibliothèque. Il faut peut-être demander aux habitants du quartier Haut-Mbigou s’ils ont l’eau en permanence. Pour l’électricité, il faut prier le Bon Dieu pour l’avoir plus de 24 h sans interruption dans tous les quartiers. Pourtant, Dieu seul sait comment la Ngounié est exploitée. Libreville 2, d’accord ! Et les autres autres villes du Gabon ?
Un pays qui veut se construire dans la Justice doit prendre en compte tous ses citoyens. L’argent du Gabon doit servir à tous les Gabonais. Ainsi, chacun se sentira fier d’appartenir à ce pays qui nous donne tout ce dont nous avons besoin. Les populations qui vivent loin de Libreville ont aussi besoin de ressentir cet essor vers la félicité. Le Gabon ne se résume pas qu’à Libreville.
Dans ses premiers discours, le président de la Transition, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, a souligné l’importance d’apporter l’eau à tous les Gabonais. Ce projet est-il déjà achevé ? Pourquoi ne pas construire des barrages hydroélectriques dans les neuf provinces ? Voici par exemple un projet qui profitera à tous les Gabonais. Qu’est-ce que Libreville 2 apportera à l’habitant de Makokou qui n’a pas d’eau dans son quartier ?
La ville de Lambaréné est dans le noir à l’heure où nous écrivons ces mots. Nous sommes le 10 novembre 2023. Les élèves ne peuvent pas étudier le soir alors qu’ils rentrent parfois tard des cours. Tous les blogueurs qui passent par cette ville ont fait des directs sur ces coupures d’électricité qui rendent les populations malades quand on sait qu’il s’agit d’une ville où il fait extrêmement chaud. Le problème persiste comme si le Gabon était incapable de régler un petit problème d’électricité dans une ville carrefour comme Lambaréné. Voici un problème qui perdure et qui a un impact direct sur la santé, l’éducation et l’alimentation des populations. Que se passe-t-il à la SEEG de Lambaréné ? À quoi peut bien servir un Libreville 2 pour les habitants de Lambaréné qui perdent leur nourriture dans les congélateurs et qui sont privés d’eau quand l’électricité s’en va ? Qui va calmer ces enfants qui pleurent la nuit dans l’obscurité à cause de la chaleur étouffante qu’un simple ventilateur aurait réglée ?
Une autre priorité est sans aucun doute l’autosuffisance alimentaire. Jusqu’à présent, le Gabon n’a aucune véritable industrie agroalimentaire. La preuve : nous exportons presque tout ce que nous mangeons (même du manioc). Qu’est-ce que Libreville 2 va apporter à un habitant de koulamoutou qui a du mal à s’offrir trois repas par jour ? Le CTRI doit comprendre que les Gabonais mangent très mal. Voici la réalité. Voici les priorités. Nous devons construire les structures économiques de l’autosuffisance alimentaire. Libreville 2 ne réglera pas ce problème, si ce n’est engloutir encore plus d’argent dans des projets inachevés comme nous avons pu le voir avec le fameux projet de la Baie des Rois.
Pour notre part, les grands chantiers qui doivent ponctuer cette transition sont : l’eau potable (dans tous les quartiers) ; l’électricité (arrêt des groupes et construction de barrages hydroélectriques) ; l’agriculture (ne pas être capable de nourrir son peuple est un crime quand on connaît les richesses du Gabon) ; l’élevage (il n’y a pas de raison que nous continuons de tuer notre santé avec des surgelés étrangers dont la qualité laisse à désirer) ; la santé et l’éducation. L’essor vers la félicité ne passera que par l’autonomie du Gabon dans tous ces domaines.
Libreville 2 est peut-être un beau projet, mais pas une priorité. Les Gabonais qui vivent dans les autres provinces attendent beaucoup de cette Transition. Ne limitons plus le Gabon à Libreville. C’est une erreur de gouvernance qui a montré les limites du pouvoir précédent. N’engloutissons pas l’argent du contribuable gabonais dans des projets pharaoniques qui ne permettent pas de manger à sa faim et qui n’assurent pas la santé des populations.



Félicitations ! C’est très bien écrit et très pertinent.
Merci
Nous traduisons simplement les inquiétudes du plus grand nombre.