Depuis la casse des premières maisons de Plaine Orety, un vent de panique s’est installé au sein des populations gabonaises. Nombreux sont les Gabonais qui ne savent plus à quel saint se vouer. Dans la commune d’Owendo, on pouvait lire « 72 h », c’est-à-dire 72 heures pour quitter les lieux avant la casse. Oui, 72 heures pour réécrire l’histoire de sa vie. En effet, 72 heures pour mettre une croix sur leurs investissements. Soixante-douze heures pour briser une vie. Soixante-douze heures pour se retrouver dans la rue.

Face à cette situation, plusieurs questions demeurent. Où trouver une maison à louer en 72 heures ? Et si la maison trouvée était également cassée les mois suivants ! Notons qu’aucune carte de Libreville montrant les zones à casser et les zones habitables n’a été mise à la disposition des citoyens. Le sort des déguerpis demeure précaire, incertain.

Une cellule de crise a-t-elle été mise en place pour prendre en charge la détresse psychologique des citoyens choqués par ces destructions ? On vous demande de libérer et c’est tout. Plusieurs jours se sont écoulés avant qu’une solution ne soit trouvée pour les élèves inscrits à l’examen du baccalauréat 2025. Certains se demandent où iront ces futurs bacheliers après les examens. Iront-ils retrouver leurs parents dans la rue ?

Comme si cela ne suffisait pas, la psychose a aussi gagné les Gabonais dont les maisons n’ont pas été cassées. En effet, des compatriotes qui envisageaient d’acheter des terrains sont perplexes et se demandent s’il faut encore acheter un terrain au Gabon. Ceux qui étaient prêts à lancer la construction de leur maison restent hésitants et se demandent s’ils ne vivront pas le drame de Plaine Orety. Quant aux autres qui avaient déjà commencé les travaux de construction de leur maison, l’heure est plutôt à l’attente : ils ont choisi d’arrêter les travaux et d’attendre la fin des opérations de casse.

Que faire des personnes du troisième âge ? Ont-elles trouvé grâce auprès des autorités politiques actuelles ? Ils vont devoir reconstruire leur vie comme les autres. Où trouveront-ils la force et l’argent pour le faire ? Personne ne semble intéressé par cette question. Elles vont devoir reconstruire en 72 heures ce qu’elles ont mis vingt ans ou quinze ans à construire.

À quel moment les déguerpis seront-ils accompagnés dans la recherche de logements ? Des véhicules ont-ils été mis à la disposition des populations pour faciliter le déménagement ? Jusqu’où iront les autorités politiques du pays ? La grogne populaire monte progressivement vers le ciel étoilé des nuits blanches et retombe sur la terre des rêves brisés.