En rencontrant les représentants de la diaspora à la suite de l’élection présidentielle du 12 avril 2025, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a mis en exergue l’intérêt qu’il porte à la diaspora gabonaise. Il a encouragé les uns et les autres à participer à la reconstruction du pays. Pour le président de la République, la diaspora gabonaise est une « diaspora de qualité ». Si ce discours visiblement sincère a enthousiasmé plus d’un, il soulève néanmoins un certain scepticisme. En effet, le cas Gervais Ango soulève une multitude d’interrogations.
Pour ceux qui l’auraient oublié, monsieur Gervais Ango est un Gabonais de la diaspora qui a investi au Sénégal dans l’industrie de l’élevage de poulets de chair pour une ferme d’une capacité de 25.000 poulets en 45 jours. Du jour au lendemain, il s’est vu privé de son investissement sous le regard des autorités sénégalaises et celui des autorités gabonaises.

Ce dernier a déposé une plainte auprès des juridictions sénégalaises chargées du commerce. Jusqu’à ce jour (mardi 20 mai 2025), notre compatriote n’a aucun retour. Son local de production, désormais fermé, est régulièrement vandalisé sous le regard impuissant de cet entrepreneur gabonais qui a fait confiance au marché sénégalais.
Notons que le Gabon et le Sénégal entretiennent de très bons rapports. Les Sénégalais qui investissent au Gabon sont très bien accueillis. D’ailleurs, certains quartiers de la capitale gabonaise englobent de forte communauté sénégalaise. Au regard de ce qui précède, il est donc incompréhensible qu’un pays que les Gabonais considèrent comme frère puisse assombrir la vie d’un Gabonais dont le seul crime est d’avoir cru au potentiel économique du Sénégal et d’y avoir investi son argent, son temps et sa santé.

Que fait la diplomatie gabonaise pour ce compatriote de la diaspora gabonaise au Sénégal ? Que fait l’État gabonais pour accompagner notre compatriote dont la vie au Sénégal s’apparente désormais à une prise d’otage ? Les Gabonais sont patients et on sait comment cela se passe quand ils perdent patience. Si les Gabonais ont ouvert leurs portes aux frères africains, ils attendent désormais que cette bienveillance soit réciproque. La diaspora gabonaise ne saurait être méprisée par des pays à qui l’on déploie le tapis rouge au Gabon.


L’arrivée de la Transition gabonaise a suscité de nombreux espoirs pour cette diaspora définie aujourd’hui par le président de la République comme « une diaspora de qualité ». Pourtant, le cas de monsieur Gervais Ango n’a trouvé aucun dénouement heureux durant cette Transition. Ce dernier n’a d’ailleurs jamais été associé à un projet d’autosuffisance alimentaire au Gabon, malgré les projets d’envergure voulus par le chef de l’État. Son expérience dans le domaine de la production de poulets de chair est palpable, mais personne ne semble vouloir en profiter dans son propre pays. Est-ce ainsi que seront traités les autres Gabonais de la diaspora qui rentreront investir au pays ?
Le cas du compatriote Gervais Ango soulève légitimement la méfiance de la diaspora gabonaise face aux promesses du chef de l’État. Cela peut s’expliquer.
Le poulet est un aliment incontournable dans presque tous les foyers gabonais. En effet, dans de nombreuses maisons, l’essentiel des courses du mois se résume souvent à l’achat d’un sac de riz, d’un carton de poulet et d’un bidon d’huile. C’est la base. C’est la raison pour laquelle la production locale de poulets de chair aurait dû faire partie des priorités visant à mettre le Gabon sur le chemin de l’autosuffisance alimentaire. Pourtant, le compatriote Gervais Ango n’a jamais été appelé pour contribuer à remplir les assiettes des Gabonais. Mieux, la Transition gabonaise a privilégié des Gabonais de la diaspora dont les seules prouesses consistaient à vociférer sur les réseaux sociaux et à insulter les autorités politiques du Gabon. Tout cela, au détriment d’une « diaspora de qualité » dont Gervais Ango peut être considéré comme l’un des meilleurs exemples.
Pourquoi les autorités gabonaises n’exploitent-elles pas l’expérience de ce compatriote ? Pourquoi monsieur Gervais Ango ne travaille-t-il pas avec le ministère chargé de l’Agriculture et de l’élevage ? Pourquoi monsieur Gervais Ango ne serait-il pas le premier Gabonais de la diaspora à montrer son savoir-faire dans la production de poulets de chair ? Une activité pourtant salutaire.
Le président de la République a raison de dire que nous avons une diaspora de qualité. C’est juste. C’est vrai. A quoi sert-il d’avoir une diaspora de qualité lorsque nous refusons délibérément d’exploiter ses compétences pour le bien-être des Gabonais ? L’expertise de monsieur Gervais Ango dans le domaine de l’élevage est concrète. L’appel du président de la République, B.C. Oligui Nguema est parfaitement légitime, car il y a de nombreux Gabonais dans la diaspora dont les compétences contribueront inéluctablement au développement du Gabon. Dans le cas de la ferme de poulets de chair de monsieur Gervais Ango, ce sont surtout des milliers d’emplois directs et indirects pour les familles gabonaises.

Monsieur Gervais Ango est un gabonais de la diaspora. Les nouvelles autorités gagneraient à le porter, à exploiter ses compétences, afin de dissiper le doute qui plane dans l’esprit de nombreux compatriotes de la diaspora qui peinent à croire aux promesses du président de la République, monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema. Nous avons desormais une opportunité incroyable pour l’industrie agroalimentaire gabonaise.


Bonne analyse…