C’est une douche froide que de nombreux Gabonais viennent de prendre à l’issue de la visite (trop cordiale à leur goût) du général Brice Clotaire Oligui Nguema à Emmanuel Macron. Une grosse déception pour ceux qui avaient gardé l’espoir d’une réelle libération du Gabon vis-à-vis de la colonisation française (ou néocolonisation) qui perdure à travers les accords de dupe coloniaux et le braquage de nos ressources financières par la monnaie coloniale Franc CFA. Certains s’étaient même permis de croire au Rêve Malien, c’est-à-dire une véritable libération du pays contre le pilleur et envahisseur français.

On comprend désormais pourquoi la France a si bien accueilli ce coup d’État du 30 août 2023. Ce coup d’État lui a apporté la sécurité dont elle a toujours eu besoin pour piller le Gabon à travers des contrats de dupe. Oui, la France est finalement la seule grande bénéficiaire de ce coup d’État. Cela nous pousse à nous interroger sur le sort de la France quelques mois avant le 30 août 2023. La France était-elle en danger ? A-t-elle vu dans l’attitude des jeunes dirigeants du palais une façon de s’éloigner de la tyrannie française… peut-être pour une direction connue (la Russie) ?

Une interview accordée par Alain-Claude Bilie-By-Nze à France 24 et RFI présageait déjà du coup d’État. Voici un résumé de cette interview qui pourrait être à l’origine de cet amour soudain de la France pour le coup d’État du 30 août 2023. Rappelons que monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze a accordé cette interview en tant que Premier ministre du Gabon. La vidéo est postée le 21 mars sur la chaîne YouTube de RFI. Je vous livre un extrait de cette interview.

Journaliste 1 : En février dernier lors du dernier vote aux Nation Unis sur la guerre en Ukraine, le Gabon s’est abstenu de condamner l’agression de ce pays par la Russie. Est-ce à dire qu’à vos yeux, la violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine… ça compte moins que votre partenariat stratégique avec la Russie ?

AC Bilie-By-Nze : D’abord, il est juste de rappeler que le Gabon a clairement condamné la violation du droit international. Il faut d’abord le rappeler… et que par la suite, le Gabon a estimé qu’il a aux Nations Unis un rôle à jouer. Il a aussi des intérêts stratégiques à préserver. On ne va pas commencer à demander à chaque État de justifier son vote aux Nation Unis. Personne ne le fait pour les pays occidentaux. Donc, permettez que les Africains fassent des choix en fonction de leurs propres ambitions.

Journaliste 1 : Donc, ce partenariat stratégique avec Moscou, c’est important.

AC Bilie-By-Nze : Ce n’est pas ce que je dis. Je dis que le Gabon fait des choix aux Nations Unis en fonction de ses intérêts. C’est une guerre qui est très loin du Gabon… qui est très loin des pays africains et nous sommes toujours étonnés qu’on nous demande de nous justifier sur les choix que nous faisons. Personne ne demande cela à d’autres pays, notamment aux Occidentaux.

Journaliste 2 : On parle beaucoup du groupe paramilitaire russe Wagner. On sait qu’il est présent dans plusieurs pays africains. Il est présent en Centrafrique, pas très loin de chez vous. Est-ce que ce groupe vous a proposé ses services au Gabon ?

AC Bilie-By-Nze : Pour résoudre quel problème ?

Journaliste 2 : Il y a toujours des problèmes éventuellement sécuritaires ou autres, voilà… on sait qu’ils sont très actifs…

AC Bilie-By-Nze : Le Gabon est un pays en paix qui bénéficie d’une belle coopération avec plusieurs pays de par le monde, la France, les États-Unis, la Chine et d’autres avec lesquels on a des coopérations militaires, mais aussi les pays voisins. Nous ne sommes pas encore à un stade où on ferait appel à un groupe paramilitaire soit-il parce qu’on n’a pas ce problème à résoudre chez nous.

Journaliste 2 : Mais sur le principe, est-ce que vous y êtes totalement opposés justement, avoir recours à ce qu’on appelle des mercenaires ?

AC Bilie-By-Nze : Ça va être difficile de me prononcer sur ce qui n’existe pas.

Journaliste 1 : Qu’est-ce que vous pensez de la présence de ce groupe dans un pays voisin du vôtre comme la République Centrafricaine ?

AC Bilie-By-Nze : C’est un pays souverain. Il choisit d’assurer la défense de son territoire avec les moyens qu’il peut avoir.

[…]

Journaliste 1 : Vous avez adhéré au Commonwealth, il y a quelque temps. Est-ce à dire que la France n’est plus un partenaire privilégié du Gabon ? Cette époque est terminée aujourd’hui ?

AC Bilie-By-Nze : La France restera toujours un partenaire essentiel et important pour le Gabon. Mais la France ne peut plus être le seul partenaire du Gabon. Le Gabon n’est pas le seul partenaire de la France non plus. Nous sommes dans des contextes où nous devons évoluer et assumer nos choix. La France assume pleinement son partenariat avec la Chine, avec la Russie, avec les États-Unis, avec l’Australie… Le Gabon doit assumer ses propres choix.

Journaliste 2 : Est-ce que vous l’impression quand même que l’influence de la France en Afrique est aujourd’hui sérieusement questionnée, pas seulement au Sahel, mais dans un pays comme le vôtre ? Je vous vois sourire.

AC Bilie-By-Nze : Ça c’est un problème Français. Ce qui m’importe, moi, en tant que Premier ministre gabonais, c’est l’influence du Gabon.

J’aimerais poser une question à l’issue de cette interview. Alain-Claude Bilie-By-Nze tient-il un discours françafricain ou souverainiste devant les journalistes de France 24 et RFI ? Les choses sont claires : c’est la première fois dans l’histoire du Gabon qu’un Premier ministre ose tenir un discours de souveraineté face aux médias français.

Que nous révèle cette interview ? Elle nous donne trois informations.

Il faut tout d’abord dire que la France n’a jamais digéré le vote du Gabon en faveur de la Russie, car pour les néocolonialistes français, le Gabon doit obéir au doigt et à l’œil de la France. En gros, il s’agit de voter comme la France. Un bel esclavage moderne. L’idée même de voir le Gabon devenir souverain donne des allergies à la France des Droits de l’Homme.

Ensuite, la France n’a pas digéré le fait que le Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze ne condamne pas ouvertement le groupe Wagner. Ne pas condamner le groupe Wagner signifie que la base militaire d’occupation française installée au Gabon aurait pu avoir un concurrent de taille : l’armée russe. La France ne pouvait pas se permettre un tel luxe. C’est une raison de plus pour accueillir avec beaucoup de bonheur le coup d’État du 30 août 2023.

Enfin, la France reproche au gouvernement de monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze de chercher d’autres partenaires que la France. Or, ce n’est pas ce que disent les accords coloniaux. Dans ces accords de dupe, le Gabon ne doit avoir qu’un seul partenaire privilégié sur le plan économique, militaire et politique : c’est la France, le colonisateur en chef. Or, le Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze ne semble plus manger de ce pain et il le montre clairement dans cette interview. Et l’adhésion du Gabon au Commonwealth est une arête qui est restée coincée dans la gorge des dirigeants français. Heureusement pour la France, le coup d’État du 30 août 2023 a ôté cette arête. Les dirigeants français ont retrouvé le sourire au Gabon après leur débâcle au Mali, au Burkina et au Niger. Le 30 août 2023 est devenu leur coup d’État africain préféré.

Pourquoi le coup d’État intervient-il au moment où le Gabon s’éloigne progressivement de la colonisation française ? Alain-Claude Bilie-By-Nze a ses défauts, c’est clair. Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de reconnaître son courage. Aussi étrange que cela puisse paraître, le Gabon avait commencé sa souveraineté nationale vis-à-vis de la France avec Ali Bongo Ondimba. Cela fait peut-être mal de le reconnaître, mais il faut l’accepter, car être intellectuels c’est avant tout être honnête face à la vérité. On peut ne pas l’aimer, mais Ali Bongo Ondimba avait amorcé la coupure du cordon ombilical du Gabon avec la France (la dernière sangsue du 21e siècle).

Les militaires gabonais ont évité un bain de sang dans le pays au matin du 30 août 2023. C’est indiscutable. Cependant, ils n’ont jamais parlé des accords de dupe coloniaux. Ils n’ont jamais remis en cause les actions des entreprises françaises. Ils n’ont jamais annoncé que les entreprises françaises devaient payer leurs impôts au Gabon. Ils n’ont jamais parlé de la véritable souveraineté gabonaise confisquée par la France. Ils n’ont jamais évoqué le retrait de l’armée française du sol de nos ancêtres.

Le vin est tiré, il faut le boire : la libération que beaucoup de Gabonais attendaient n’est pas arrivée. Je ne voudrais pas être rabat-joie, mais nous allons devoir nous contenter de ce que nous voyons. Nous espérons que le CTRI a conscience que les Gabonais attendent énormément du volet social et économique. Le Gabon est immensément riche. Chaque citoyen gabonais a droit à cette richesse. Les regards sont tournés vers les actions du général Brice Clotaire Oligui Nguema.

Les questions sont multiples. La Transition va-t-elle se transformer en dictature impitoyable ? La France va-t-elle se montrer plus respectueuse ? Elle ne l’a pas été au Mali, au Burkina et au Niger. Le Gabon sera-t-il une exception ? Une chose est certaine, les Gabonais n’accepteront plus la dictature. Ils l’ont démontré en 2009 et en 2016.

Je vais gentiment préparer mes affaires pour la prison centrale ou un éventuel enlèvement puisque ces actes sont désormais à la mode. C’est peut-être aussi mon essor vers l’assassinat. Il semble que nous n’ayons plus le droit de nous exprimer, surtout quand il s’agit de la France. Réfléchir va bientôt être un crime de lèse-majesté après le retour triomphal de la recolonisation française le 30 août 2023. Je félicite la France qui sait défendre ses intérêts, même au prix du sang. J’espère qu’une génération de patriotes gabonais défendra un jour les intérêts du Gabon.

Le plus triste dans cette affaire, c’est de voir la part du Gabon repartir en France. Oui, à travers le Franc CFA, la France confisque une partie de nos ressources financières. Non seulement elle prend une partie importante de nos richesses (un pourcentage insensé), mais elle se permet de garder dans ses caisses une partie de notre argent. Et avec cela, il faut dire que c’est enfin notre essor vers la félicité. La félicité de qui ? des Français ou des Gabonais ?

Je m’arrête ici. On va encore dire que N’zassy parle trop.