À l’heure où le monde entier répète à tue-tête « bonne Fête des Mères », on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le sort de la femme gabonaise, et plus précisément de la mère gabonaise. Quel est l’intérêt accordé par l’État gabonais à toutes ces femmes qui donnent la vie et permettent d’assurer l’avenir de la Nation ?

Triste est le sort de la mère gabonaise ! À l’heure où nous écrivons ces mots, nombreuses sont les mamans qui accouchent dans des conditions inhumaines quand on connaît les milliards qui circulent dans ce pays. Vous retrouvez certaines femmes assises à même le sol, avec leur bébé en main, dans un pays où coulent le lait et le miel. Quelle tristesse de voir une mère qui a enfanté dans la douleur, célébrer son bonheur assise par terre parce qu’il n’y a plus de lits à l’hôpital ! Cette mère voit son moment de joie gâché par l’irresponsabilité des dirigeants gabonais qui préfèrent accaparer les richesses pétrolières et minières. Ces mêmes dirigeants qui lui diront ensuite dans un sadisme inégalé : « Bonne Fête des Mères ! »

Dans tout le pays, la mère gabonaise est rejetée. Elle est livrée à elle-même. Négligée par les dirigeants gabonais, elle est aussi la proie des médecins sanguinaires et des sages-femmes maléfiques. Certains médecins très peu recommandables ont trouvé le moyen de se faire de l’argent grâce à la détresse de la mère gabonaise. La césarienne est désormais un moyen efficace pour s’enrichir dans le milieu médical. Combien de femmes sont charcutées sans motifs réels pour remplir les caisses des cliniques et les poches des hommes en blouse blanche ? Une amie m’expliquait qu’elle avait été programmée à son insu pour une césarienne par les mêmes médecins qui avaient confirmé que sa grossesse était sans risque. Arrivée à l’hôpital pour l’accouchement, elle découvre avec stupéfaction que son nom figurait dans la liste de celles qui devaient subir cette opération. Remettant sa vie à Dieu dans un désespoir total, elle accoucha avant l’arrivée des bourreaux-médecins. Ce revers leur a fait perdre de l’argent. Accoucher sans césarienne est devenu un crime de lèse-majesté. Beaucoup de femmes sont confrontées à ce trafic. Il s’agit d’un véritable génocide qui condamne de nombreuses mères à procréer désormais sous conditions.

Comme si cela ne suffisait pas, la mère gabonaise est la proie des associations et ONG qui disent valoriser l’image de la femme. La seule valeur que la mère gabonaise leur apporte se résume aux multiples dons que ces structures reçoivent des organisations internationales et des bienfaiteurs. La mère gabonaise devient ainsi un prétexte pour se faire de l’argent et participer à des colloques internationaux aux frais des donateurs…

Revenons sur la responsabilité de l’État gabonais face aux problèmes de la mère gabonaise. Existe-t-il un plateau technique de chirurgie dans la ville de Mbigou en cas de complication pour les femmes enceintes ? Allez vérifier par vous-mêmes. Pour se rendre à Lébamba, les vaillantes femmes enceintes de Mbigou sont obligées de parcourir plusieurs kilomètres sur la latérite, bravant les pluies diluviennes, les ravins, les ponts de fortune, la boue (qui empêche souvent les véhicules d’avancer), les éboulements et les marigots qui ont décidé d’investir la route. C’est dans ces conditions que nos chères mères de Mbigou donnent la vie. Le cas de Mbigou n’est pas isolé. C’est le cas d’un grand nombre de villes gabonaises.

Pour les hommes politiques gabonais, cette mère malmenée est une aubaine, une opportunité rêvée pour les prochaines échéances électorales. C’est dans ce contexte que l’on vient offrir des moustiquaires imprégnées à ces femmes qui ont bravé la mort pour accoucher à Bongolo. Au lieu de plaider pour un plateau technique et des chirurgiens compétents dans la ville de Mbigou, ils préfèrent demander des moustiquaires imprégnées aux organisations internationales. Les dames qui n’ont pas la chance d’arriver à Bongolo en vie les remercieraient sans doute pour leurs fameuses moustiquaires et d’autres bibelots du même type.

Souhaiter à la mère gabonaise une « bonne Fête de Mères » est une pure hypocrisie dans le contexte qui est le nôtre. Toutes ces mères n’ont pas besoin de notre hypocrisie. Elles ont besoin d’actions concrètes pour faire de la naissance une expérience agréable et inoubliable. Il est temps que les dirigeants gabonais arrêtent avec les vains discours et se comportent en patriotes, en humain.

À toutes les mamans du Gabon, je souhaite que votre statut de mère soit véritablement respecté. Je souhaite que l’on respecte la vie que vous donnez. Je souhaite par-dessus tout que vous profitiez pleinement des richesses de votre pays… des richesses du Gabon. C’est votre pays. C’est votre droit.

Je m’arrête ici. On va encore dire que N’zassy parle trop.