Le coup d’État du 30 août 2023 a donné au Gabon une nouvelle direction. Historiquement, cela ne fait aucun doute. Cependant, certaines pratiques douteuses du système Bongo-PDG semblent avoir la peau dure : le népotisme, la gabegie, le clientélisme, les arrestations arbitraires, la corruption, les enlèvements, etc. Au sein de l’Éducation nationale, le système Bongo-PDG a piétiné la dignité des enseignants par un processus d’infantilisation, d’humiliation, de mépris, d’intimidation, de clochardisation, voire de haine vis-à-vis de ces pères et mères de famille qui ont consacré leur vie à la formation de la jeunesse gabonaise.

Depuis de nombreuses années, le système Bongo-PDG a décidé de ne plus payer les vacations pendant les examens. Les enseignants qui participent aux examens du baccalauréat et du BEPC entre le mois de mai et juillet sont obligés d’attendre l’année suivante pour recevoir l’argent relatif à leur participation aux examens nationaux. Il faut rappeler que le système Bongo-PDG n’a jamais accepté de payer ces vacations sans la pression des enseignants : chaque année, les enseignants menaçaient de boycotter les nouveaux examens. C’est à cette condition qu’ils étaient payés par les anciens dirigeants du pays. Peut-on mendier son argent ? Dans tous les cas, les enseignants devaient s’humilier chaque année pour recevoir les sommes dues. Ceux qui, entre temps, étaient passés de vie à trépas avant la date de paiement, avaient tout simplement travaillé pour rien. Ne devrions-nous pas dire « plus jamais ça » ?

La Transition du général Brice Clotaire Oligui Nguema va-t-elle changer la donne ? Lors de sa prise de pouvoir, le président de la Transition a insisté sur la restauration de la dignité des Gabonais. Cette restauration passe aussi par la dignité de l’enseignant qui est un canal ouvert vers les nouvelles générations. Madame la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq ne devrait-elle pas plaider pour une restauration de la dignité des enseignants ? Va-t-elle pérenniser le manque de respect du système Bongo-PDG vis-à-vis des enseignants ? N’a-t-on pas tourné une page sombre de notre histoire depuis le 30 août 2023 ? Faut-il continuer avec les mêmes humiliations ?

« L’enseignement n’est pas une punition. L’enseignement n’est pas un métier ingrat. La seule ingratitude, c’est celle de nos dirigeants. » Arnaud N’zassy

Soulignons qu’il règne désormais une atmosphère de dégoût pour la fonction enseignante. Lorsque l’on demande aux élèves s’ils veulent enseigner, beaucoup vous diront « non ». À la question « Pourquoi ? », ce sont les mêmes réponses qui reviennent : « L’enseignant est mal payé. » ; « On brime trop les enseignants » ; « Il y a trop d’élèves et trop de copies à corriger. » ; « Il doit faire la grève pour qu’on paie son argent des examens. » ; « L’enseignant souffre trop. » ; « Je ne peux pas supporter le comportement des élèves. » ; « Je veux enseigner, mais pas au Gabon. » ; « Moi, enseignante ! Jamais ! » Voici désormais l’image que nos apprenants ont de l’enseignant gabonais.

« Enseigner avec amour et dans la dignité. C’est ainsi qu’il faut comprendre ce sacerdoce. » Arnaud N’zassy

Le chantier de l’Éducation nationale gabonaise est immense. Les enseignants ne sont pas contre la Transition. Ils ne veulent tout simplement plus revivre le calvaire du système Bongo-PDG. Ils aspirent à la restauration de leur dignité ; cette restauration promise par le CTRI. Nous espérons que le CTRI, à travers son ministre de l’Éducation nationale, changera de cap et que les vacations 2024 seront payées dans le respect de la dignité des soldats de la craie.

Je m’arrête ici. On va encore dire que N’zassy parle trop.