Les autorités de la Transition ont insufflé un nouveau souffle dans le système éducatif gabonais. En effet, la mise en solde des enseignants, l’exhumation de la bourse au collège et au lycée, en passant par les activités culturelles et les jeux de l’OGSSU, apportent une bouffée d’oxygène à notre système éducatif.

Ce lundi 8 octobre 2024, c’est la philosophie qui était à l’honneur dans le bassin pédagogique du Moyen-Ogooué. En effet, les inspecteurs de philosophie ont organisé une animation pédagogique visant à échanger avec les enseignants sur la leçon de philosophie, c’est-à-dire sa nature, sa structure et ses fins. Pour monsieur NGUEMBI MAVIOGA et madame KENGUE NGUELE, cette rencontre permet de discuter sur les stratégies susceptibles d’améliorer les leçons de philosophie. Pour ce faire, il était donc question de comprendre préalablement ce qu’il convient de considérer comme une leçon de philosophie.

Pour monsieur NGUEMBI MAVIOGA, la leçon de philosophie a pour but de former des penseurs et non des conteurs. Il a insisté sur la nécessité d’amener les élèves à penser par eux-mêmes. Il a par ailleurs rappelé que le rôle de cette discipline en milieu scolaire demeure la formation des citoyens capables de mener des réflexions.

Les encadreurs pédagogiques ont également rappelé que la leçon donnée en classe émanait d’abord de la réflexion de l’enseignant. Les manuels ne devraient donc pas se substituer à cette réflexion. L’enseignant demeure libre dans sa réflexion. Toutefois, cette indépendance ne signifie en aucun cas faire n’importe quoi. Cette liberté doit s’appuyer sur des convictions philosophiques éprouvées.

À propos des manuels et des annales de philosophie qui abondent sur le marché du savoir, les inspecteurs ont attiré l’attention des participants sur les dangers de la superposition ou la juxtaposition des textes ainsi que les débats d’école. Le cours étant disserté, la réflexion de l’enseignant constitue le socle de sa leçon.

En parlant de réflexion, les professeurs ont évoqué la difficulté grandissante pour les apprenants qui peinent à réfléchir par eux-mêmes. Ils n’ont pas manqué de souligner cette aversion pour la lecture qui gagne du terrain chez bon nombre d’élèves. En effet, les élèves lisent de moins en moins. Ce manque de lecture se traduit par une carence chronique en culture philosophique. D’ailleurs, ce problème de lecture ne concerne pas seulement la philosophie puisque le même constat est dressé en français, en économie et en histoire-géographie : les élèves ne lisent plus. C’est peut-être l’occasion d’adresser un appel à la tutelle pour la création de bibliothèques municipales dans toutes les provinces du Gabon.

Pour les inspecteurs, l’animation pédagogique a aussi pour rôle d’encourager les enseignants à concevoir des stratégies pour conduire les apprenants vers la lecture. À cet égard, la mise en place des clubs se présente comme une solution parmi tant d’autres. En effet, le caractère ludique des clubs exerce une pression moins grande que le cours dont la simple évocation dune interrogations ne manque pas de cristalliser les craintes.

Notons que l’absence de clubs n’est pas souvent due au manque de volonté des enseignants. Elle est parfois la conséquence des emplois du temps mal ficelés qui offrent aux professeurs une marge de manœuvre presque inexistante. Ces derniers sont quelquefois submergés par les classes supplémentaires qui n’accordent aucun répit à ces acteurs de l’éducation. Pourtant, la création de clubs a le mérite d’amener les apprenants vers une perception différente de la philosophie. C’est aussi un moyen pour eux d’enrichir leur culture philosophique.

Les discussions préliminaires ont conduit aux travaux des ateliers sur le thème de l’environnement. Ce thème n’est pas fortuit. Il s’agit d’un sujet d’actualité. Cette question nous démontre que la philosophie n’est pas une discipline opaque, essentiellement tournée vers des idées abstraites, mais qu’elle s’intéresse « au quotidien, à la vie ». Il s’agit de démystifier cette discipline qui semble appartenir à une certaine élite. C’est d’ailleurs l’image entretenue par les apprenants.

Il faut le dire, nombreux sont les élèves qui estiment que la philosophie reste une discipline scolaire très difficile. Certains la trouvent même impossible à comprendre. Les notes de classe en disent long. Les élèves ont parfois le sentiment que leurs leçons de philosophie échappent au quotidien, voire à la réalité. Comment briser le mur de glace qui sépare les futurs candidats au baccalauréat et cette discipline ? C’est un défi que doivent relever les professeurs de philosophie du Moyen-Ogooué.