Depuis l’arrivée du CTRI, l’univers politique est en branle. Tous les renards sont sortis du bois. Il n’y a qu’un seul homme à convaincre pour se faire une place au soleil du nouveau Gabon : le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Les discours dithyrambiques se multiplient. Nous vivons dans une nouvelle ère du kounabélisme (le kounabélisme 2.0). Les méthodes se multiplient pour montrer au grand chef que l’on reste prêt à l’accompagner jusqu’au bout, c’est-à-dire pour le meilleur et pour le meilleur. Personne n’a évidemment envie de rester dans les parages quand le pire se présentera. On l’a vu avec monsieur Ali Bongo Ondimba, désormais esseulé après avoir engraissé les flatteurs du PDG, longtemps accrochés à sa peau comme des sangsues gorgées de billets violets.

Dans cet article, je mets en lumière les différentes méthodes employées depuis le 30 août 2023 pour attirer l’attention du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Chacune des méthodes que j’expose ici fait partie d’une mécanique déjà éprouvée sous l’ère Ali Bongo Ondimba. Les mauvaises habitudes n’ont-elles pas la peau dure ?

Commençons par l’appel à la candidature du président de la Transition. Cette méthode bien connue des kounabélistes vise surtout à démontrer que l’on n’est pas contre le président de la Transition et surtout, que l’on est prêt à l’accompagner contre vents et marées. Il s’agit d’un niveau de flatterie redoutable. Rappelons que les kounabélistes qui ont appelé à la candidature d’Ali Bongo sont portés disparus. Aucun n’a « make noise ». On peut donc supposer que ces individus tourneront le dos au président Brice Clotaire Oligui Nguema lorsque le bateau prendra l’eau. Ils quitteront le navire comme ils l’ont fait avec monsieur Ali Bongo Ondimba. La loyauté n’est certainement pas la chose la mieux partagée au PDG.

La deuxième méthode de flatterie s’avère plutôt subtile. Il s’agit de dire que le président de la Transition n’est pas mauvais, mais qu’il est simplement mal entouré. Ici, on fait croire au président de la Transition qu’il n’est responsable de rien et qu’il est un ange. On disait la même chose d’Ali Bongo. Oui, selon certains kounabélistes, monsieur Ali Bongo n’était responsable de rien. Il paraît que c’était son entourage qui était fautif. Les opposants Bantu qui étaient invités à la mangeoire — l’instant d’une nomination — chantaient le même refrain avant d’être évacués du pouvoir comme la peste. On connaît très bien l’épilogue de cette histoire : Ali Bongo (le gentil qui n’était responsable de rien) a été placé en résidence surveillée ; son entourage (qui était responsable de tout) est désormais nommé pour accompagner le CTRI de monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema. La réalité est là, devant nos yeux. Quand un enfant commet des bêtises chez le voisin, les parents de ce gamin sont tenus de rembourser pour tous les dégâts occasionnés par leur progéniture. Le chef est toujours tenu pour responsable. Dire le contraire relève de la flatterie pernicieuse. Pourtant, le flatteur est souvent mieux récompensé que celui qui dit la vérité. Et comme dit Casimir Delavigne : « Le flatteur qui nous perd est mieux venu souvent que l’ami qui nous sauve en nous désapprouvant. »

La troisième méthode consiste à quitter le Parti Démocratique gabonais (PDG) à grande pompe pour prétendre servir son pays et se mettre à la disposition des autorités, c’est-à-dire du CTRI. On ne quitte pas simplement le PDG. On tient surtout à rappeler que l’on amène avec soi d’autres partisans (association des femmes de tel ou tel village, les jeunes de telle ou telle région). Une façon de dire à monsieur Oligui Nguema que l’on n’est pas n’importe qui sur l’échiquier politique et que l’on peut faire la différence à la prochaine élection présidentielle. Une façon à peine voilée de dire au président de la Transition que l’on est à sa disposition dans le cas où il se présenterait à l’élection présidentielle post-transition. Ce sont les flatteurs les plus pathétiques. Ils se comportent comme si le PDG leur interdisait de faire le bien autour d’eux. La libération du 30 août 2023 est devenue comme par magie leur libération. Ils étaient sous l’emprise diabolique du PDG et étaient sans doute menacés de mort ; c’est pourquoi ils ont affamé le peuple gabonais. Ils ont oublié les bienfaits de ce parti qui les a engraissés. Ils ont même oublié le mal qu’ils ont fait à la population. Le coup d’État du 30 leur a donné une virginité politique. Ils apparaissent désormais blancs comme neige. Ils proposent désormais leurs compétences au CTRI. Des compétences qu’ils ont largement eu le temps d’exprimer en 55 ans de PDG pour un bilan catastrophique. Ils n’ont pas assumé les échecs de leur champion, mais promettent la loyauté au général Brice Clotaire Oligui Nguema. Je vous invite à méditer ces paroles de Vladimir Poutine : « Il vaut mieux être pendu pour la loyauté que d’être récompensé pour la trahison. » À chacun de juger du degré de loyauté de ces derniers.

Plus ingénieux que leurs aînés du PDG, certains jeunes préfèrent la quatrième méthode. Il s’agit d’organiser des évènements culturels pour montrer que l’on est populaire auprès de la jeunesse. L’objectif est de montrer au président de la Transition que l’on maîtrise la jeunesse gabonaise, c’est-à-dire l’essentiel de l’électorat dont il aura inévitablement besoin s’il se présente à l’élection présidentielle. On profite de ces événements pour brandir l’image du président de la Transition. On en profite pour citer son nom plus que de raison. Son nom est d’ailleurs souvent associé à l’un des prix de l’événement (surtout dans le cas des concours). Rappelons que les mêmes événements étaient aussi organisés au temps d’Ali Bongo Ondimba (par les mêmes personnes que l’on voit aujourd’hui). On sait comment cela s’est achevé. Les concours de miss et toute la panoplie de concerts « sous le haut patronage » de Ya Ali, « le bon grand » des « bons petits ». C’est une façon de se tailler une place de choix dans la cour du CTRI. Ces éloges s’apparentent à la manipulation. Qui ne s’intéresserait pas à de jeunes organisateurs d’évènements qui promettent vous apporter la jeunesse à une future élection. Je tiens à rappeler que les multiples concerts et événements censés réconcilier Ali Bongo Ondimba et la jeunesse ont accouché d’une souris. C’est cette même jeunesse qui a sanctionné le président déchu au profit du professeur Albert Ondo Ossa dont la victoire ne souffre d’aucune ambiguïté. C’est ce que notre président de la Transition doit retenir de ces événements. Les jeunes pédégistes qui fabriquaient les casquettes « Ali », fabriquent désormais des casques « CTRI ». Quelle ironie ! Quelle tristesse pour monsieur Ali Bongo Ondimba. C’est ce qui arrive lorsqu’un chef d’État est enclin aux flatteries. C’est ce qui arrive quand un chef d’État préfère écouter les flatteurs et jeter ses contradicteurs en prison. Ces organisateurs ne roulent pour personne. Ils suivent la direction du vent. Pour l’instant, la girouette indique le CTRI. Donc, tous convergent vers le CTRI. Jean de La Fontaine dit à ce propos : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » Attendons les prochains événements.

La cinquième méthode consiste à inonder la toile de vidéos affichant un soutien prétendument total et indéfectible au CTRI. Faut-il préciser que monsieur Ali Bongo Ondimba a eu droit à ces soutiens prétendument indéfectibles ? On sait aujourd’hui ce que valaient ces soutiens indéfectibles. Certains activistes se muent désormais en vuvuzela de la Transition d’une façon démesurée, irréfléchie et irresponsable. Les mêmes qui condamnaient le soutien aveugle des jeunes pédégistes pour leur champion ont décidé de prendre le relai en soutenant sans discernement le CTRI. Il est évident que le CTRI a apporté un nouveau souffle en stoppant la gabegie de la Young Team. Est-ce pour cette raison que nous devons fermer les yeux sur les dérapages susceptibles d’être faits par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions ? À partir de quel moment critiquer le CTRI relève-t-il désormais du crime de lèse-majesté ? Ces flatteurs d’un nouveau genre proposent de façon subliminale une nouvelle dictature. Cette méthode s’inspire du terrorisme religieux. Ici il s’agit de s’attaquer systématiquement à tous ceux qui remettent en cause la gestion de la Transition. Comme les djihadistes qui estiment défendre les intérêts du bon Dieu en trucidant les honnêtes citoyens, de même, les djihadistes politiques prétendent défendre le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Pourtant, ce dernier ne leur a rien demandé. C’est eux qui choisissent d’attaquer avec virulence tous ceux qui ont des avis contraires face aux démarches du CTRI. L’objectif est de prouver au président de la Transition que l’on est prêt à l’accompagner indéfectiblement vers les élections présidentielles. Rappelons que cette même promesse avait été faite à monsieur Ali Bongo Ondimba. C’est à chacun de juger de la pertinence de ce soutien.

La sixième méthode apparaît plus subtile. Elle a déjà été employée avec Ali Bongo Ondimba. Il s’agit de mettre sur la table du président de la Transition des projets pharaoniques. On dit au général qu’il est un grand bâtisseur et qu’il peut faire du Gabon un petit Dubaï. On sort le compas et l’équerre. Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Le projet de la Baie des Rois qui s’est soldé par le pillage des deniers publics. On a dit à monsieur Ali Bongo Ondimba qu’il laisserait son nom gravé sur les marches de l’histoire du monde après la construction de cette fameuse baie. Pendant ce temps, les Gabonais manquaient d’eau, d’électricité, de nourriture, d’hôpitaux, de classes… Mais le projet était très bien vendu au président. Aujourd’hui, on pose sur la table du président de la Transition le projet de Libreville 2 et la construction d’un aéroport. Trouvez l’erreur.

La création des associations tous azimuts pour soutenir le général occupe la septième position. La création d’associations est aussi une bonne méthode pour attirer l’attention du président de la Transition. Dans bientôt, il sera courant de rencontrer des associations qui auront des noms en rapport avec le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Nous aurons par exemple « L’Association des Amis du général Brice Clotaire Oligui Nguema » ou « L’Association des Soldats Politiques du général Brice Clotaire Oligui Nguema ». Ces associations ont pullulé sous monsieur Ali Bongo Ondimba. Pour quel résultat ? D’ailleurs, je serai moi-même tenté de créer une association dénommée « Association des jusqu’au-boutistes du CTRI » afin de soutenir le CTRI dans toutes ses actions (les mauvaises comme les bonnes). Je préfère vous rassurer : ces associations obtiendront le récépissé définitif de la part du ministère de l’Intérieur. Quel chef d’État pourrait résister face à cette cohorte d’associations qui l’encense jour et nuit ? Et, c’est bien là le piège.

En huitième position, c’est le tribalisme qui s’est invité à la danse. Il existe une frange de la population qui estime qu’un Fang n’a plus été au pouvoir depuis le départ de notre patriarche Léon Mba. Pour certains tribalistes à peine cachés, il s’agit pour le Fang de reprendre le pouvoir. À cet effet, le président de la Transition est fortement encouragé à garder le pouvoir coûte que coûte. Certains se sont même ouvertement permis de le dire sans que cela choque. Ils sont suivis de ceux qui estiment que le pouvoir présidentiel doit rester dans le Haut-Ogooué. Ces tribalistes qui sont prêts à tout pour le maintien du général au pouvoir (même contre son gré) sont les plus dangereux dans ce tourbillon d’éloges, car ils mettent en danger notre vivre-ensemble. Ils mettent en danger la paix sociale. Faut-il leur rappeler que le Gabon appartient à tous les Gabonais ? Faut-il leur rappeler que le pouvoir n’appartient pas à une ethnie et encore moins à une province ? Si le président de la Transition se présente à l’élection, cela ne devrait pas se faire sous la bannière d’une ethnie ou d’une province. Faut-il rappeler à ces tribalistes que le professeur Albert Ondo Ossa a obtenu les suffrages de toutes les provinces et toutes les ethnies ? Le Gabon n’appartient à aucune ethnie et encore moins à une province.

Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Le président de la Transition demeure libre d’écouter tous ces éloges dont la finalité est de s’assurer une place à ses côtés. Qu’il ne perde pas de vue que les Gabonais ne mangent pas à leur faim. Qu’il ne perde pas de vue que les Gabonais n’ont pas d’eau et d’électricité. Qu’il ne perde pas de vue que les Gabonais ne se soignent pas convenablement et que les élèves cherchent des salles de classe au Lycée public Aubin Georges Modjeckou (Lambaréné). Qu’il ne perde pas de vue qu’Ali Bongo Ondimba a été encensé de la même façon. Qu’il retienne surtout que les Gabonais ont faim, ont soif et veulent se soigner, se loger, s’instruire. C’est la base. Toutes les décisions qui s’éloignent de cette base s’éloignent des intérêts du peuple gabonais. Je m’arrête ici. On va encore dire que N’zassy parle trop.