Enseigner au Gabon est un véritable chemin de croix lorsque l’on n’est pas fonctionnaire. Si la vie semble belle pour les enseignants-fonctionnaires du secteur public, les enseignants-vacataires, quant à eux, vivent le véritable calvaire dans les nombreux établissements scolaires privés du Gabon.

Avant d’aller plus loin, soulignons que dans un pays normal, les établissements privés représentent le fleuron du système éducatif. Pour y accéder, chaque parent doit mettre la main dans la poche. La transmission du savoir au sein de ces établissements privés est optimisée par des outils de travail et des méthodes modernes que l’on ne retrouve pas toujours dans les établissements publics. Les salaires y sont très alléchants (rien à envier aux salaires des enseignants du secteur public). Autrement dit, dans un pays normal, les salaires des enseignants des établissements privés sont plus élevés que les salaires des enseignants-fonctionnaires. Ça, c’est dans un pays normal. Mais nous sommes au Gabon : un pays qui n’a jamais pris soin de sa population.

Au Gabon, ce sont les enseignants-vacataires des lycées et collèges privés qui sont les plus mal payés de notre système éducatif. Nombreux sont les établissements privés qui torturent les enseignants pour un salaire de misère.

Le premier malheur de ces professeurs-vacataires demeure la privation de salaire pendant les vacances scolaires. Nombreux sont les établissements privés qui ne payent pas les vacataires durant cette période. Après 9 mois de cours (parfois 8), beaucoup d’enseignants vacataires sont livrés à eux-mêmes, passant les mois de juin, juillet et août comme des clochards. Loin de prôner l’excellence, ces établissements privés favorisent la clochardisation des enseignants à travers une exploitation quasi criminelle de ceux qui ont voué leur vie à la formation de notre jeunesse.

Dans certains lycées privés, les enseignants (pourtant permanents) sont payés à l’heure. Parfois jusqu’à 2 000 FCFA ou 1 500 FCFA l’heure. Calculons. Un enseignant travaille environ 20 heures par semaine au lycée et au collège. Or, le mois a 4 semaines. Ce qui revient à 80 heures par mois (20×4=80). On ne tient pas compte des jours fériés, des réunions, etc. Donc, si l’on multiplie 2.000 FCFA par 80 heures, on obtient 160 000 FCFA. C’est le salaire mensuel (ou revenus mensuels) que perçoivent d’innombrables enseignants. D’autres reçoivent moins que ça. Si ce n’est pas du mépris, comment peut-on appeler cela ?

Qui peut accepter d’être payé à 160 000 FCFA par mois après avoir obtenu une licence ou un master ? Échappant à tout contrôle du ministère de l’Éducation nationale qui semble ne pas se soucier du traitement des enseignants au sein des établissements privés du Gabon, des fondateurs (propriétaires des lycées ou collèges privés) ont décidé de transformer l’enseignant en esclave moderne. On s’étonne ensuite de voir des élèves narguer leurs enseignants payés en monnaie de singe. Je ne parle même pas de ces élèves qui profitent de cette misère de l’enseignant gabonais pour leur proposer de l’argent contre une moyenne bien rondelette.

En outre, d’autres lycées et collèges privés offrent des salaires forfaitaires à leurs enseignants permanents. Chez certains, on assiste une fois de plus à l’infantilisation de l’enseignant. En effet, l’avarice, la cupidité et la méchanceté des fondateurs vont encore trouver un terrain favorable. Ils payent leurs enseignants permanents à 300 000 FCFA, 250 000 FCFA pour les plus chanceux de cette misère. Les plus cupides payent moins de 200 000 FCFA. L’exploitation des enseignants constitue la nouvelle poule aux œufs d’or  au Gabon. Quand vous comparez les frais de scolarité demandés aux parents d’élèves et les salaires misérables des enseignants qui officient dans ces établissements privés, c’est le jour et la nuit. Si ce n’est pas du mépris, comment voulez-vous appeler cela?

Cette rémunération misérable peut expliquer bien de choses.

Relevons tout d’abord le mépris des apprenants qui connaissent par cœur les salaires de misère qui sont reversés à leurs enseignants. Dans un établissement privé du Gabon, un élève a nargué son enseignant par ces mots : << Monsieur, votre salaire, c’est le carburant de la voiture de mon père. Vous avez le même salaire que notre chauffeur. On connaît vos salaires, monsieur. Arrêtez de vous la péter en classe. Même si vous me donnez zéro, je m’en fous. >> C’est ainsi que le mépris des fondateurs se transmet aux apprenants. 

En exposant l’enseignant à la précarité, les propriétaires des collèges et lycées privés du Gabon ouvrent par ailleurs une autre boîte de Pandore. Les dérives tant décriées de notre système éducatif trouvent aussi leur source dans la précarisation de l’enseignant. Le marchandage des notes reste une conséquence de cette précarisation de l’enseignant. Lorsque l’on perçoit un salaire qui piétine notre dignité, la compromission n’est jamais loin.

Le ministère de l’Éducation nationale doit jeter un regard sur le traitement infligé aux enseignants. Protéger les enseignants, c’est protéger les apprenants. Le ministère doit exiger des revenus minimums pour les enseignants en fonction des diplômes. Les fondateurs incapables de payer ce revenu minimum pourraient alors soulager le système éducatif gabonais en fermant leurs camps de concentration, car rien de bon ne peut sortir d’un lycée qui méprise et infantilise l’enseignant. Ce n’est pas trop demander aux fondateurs qui brassent des millions au détriment des formateurs qui ne disposent même pas de quoi se soigner convenablement et qui ne travaillent que pour survivre.