Réfléchir sur le système éducatif gabonais comporte beaucoup de risques. En effet, un AVC n’est jamais loin lorsqu’il faut se pencher sur certaines questions. Faites le tour des lycées et collèges du Gabon. Vous remarquerez que nos chers enfants sont désormais privés de toutes ces activités culturelles qui permettaient à nos élèves d’exercer leur créativité et leur talent. On assiste impuissant à la disparition des clubs dans nos établissements scolaires. En dehors des clubs de football et des clubs de basket-ball, le reste a quasiment disparu dans les nombreux établissements du pays dont le seul leitmotiv demeure le pourcentage de réussite aux examens nationaux.
Les clubs de langues disparaissent (club d’anglais, d’espagnol, d’allemand, d’arabe sans compter nos langues locales auxquelles nous n’accordons aucune importance en bon aliéné). Les clubs de musique sont également touchés : aucune compétition ou représentation musicale. Combien d’établissements possèdent encore une chorale ? Combien d’établissements possèdent encore une fanfare ? Combien de clubs de danse avez-vous rencontrés dans nos lycées et collèges à travers le Gabon ? Que dire alors du club presse ?
Quand j’étais au lycée, j’avais été sollicité par le club presse pour rédiger un article destiné au journal de l’établissement. Je me souviens encore du thème que j’avais choisi. À cette époque-là, les élèves pouvaient déjà s’essayer au métier de journaliste : la quête de l’information, la rédaction d’un article de presse, la disposition et les rubriques d’un journal papier… Jouer au journaliste était une façon ludique de s’instruire et une manière positive de se distraire. Allez dans les lycées et les collèges du Gabon. Que reste-t-il de tout cela ? La nature ayant horreur du vide, ce sont les clubs de kobolo et des placements qui ont occupé la place.
Nombreux sont les chefs d’établissement dont la seule préoccupation est de faire de bons résultats aux examens nationaux. C’est désormais le seul critère pour juger la compétence d’un proviseur ou d’un principal. Même si ces derniers forment des robots, des élèves prompts à répéter frénétiquement les enseignements reçus sans discernement, sans imagination et sans créativité, ils sont appréciés par la hiérarchie qui ne s’arrête que sur le pourcentage des examens nationaux. Voici la génération de robots que nous formons aujourd’hui.
Avez-vous croisé un club de dessin dans les lycées et collèges de nos jours ? La présence d’un club de dessin dans nos établissements scolaires relève désormais du miracle. La créativité n’est-elle pas la clé du progrès ? On parle beaucoup d’entrepreneuriat. Ne devrait-on pas booster la créativité de nos enfants dès le lycée et le collège ? Il n’y a pas de progrès sans créativité. L’architecte et l’ingénieur ont besoin de créer pour relever les nombreux défis du monde moderne. Le génie de Léonard de Vinci réside pourtant dans la créativité. Peut-on créer un nouveau Gabon sans l’imaginer ? Peut-on créer un nouveau Gabon avec une génération de robots, c’est-à-dire des élèves incapables de créer ? Les objets numériques actuels sont des fruits de l’imagination et de la créativité. Comment expliquer ce mépris pour la créativité au Gabon ?
Les clubs de sport sont quand même présents dans bon nombre d’établissements, signe que la culture olympienne du corps physique semble être érigée en priorité. Il faut muscler le corps. On peut le comprendre. Qu’en est-il de l’esprit ? Qu’en est-il de la créativité ? Ne dit-on pas << un esprit sain dans un corps sain >> ?
L’homme se distingue de l’animal par l’esprit. Je ne comprends donc pas cette attitude qui consiste à banaliser tout ce qui touche à l’esprit pour valoriser exclusivement les tas de muscles qui constituent notre corps. Cela explique peut-être pourquoi les prix littéraires et scientifiques gabonais peinent à dépasser 1 000 000 FCFA pendant que l’on donne 20 000 000 FCFA plus une maison et une voiture à une miss Gabon dont le seul talent est d’avoir un corps ainsi qu’un visage relativement beau. Un pays sérieux peut-il réellement aller de l’avant avec des comportements pareils ? Un pays sérieux peut-il réellement avancer quand l’esprit est relégué au second plan ? Est-il possible d’avancer dans un pays où rouler des fesses sur un podium est plus important qu’une découverte scientifique ? D’ailleurs, beaucoup d’établissements organisent maintenant des concours de miss (depuis le préprimaire, le primaire et jusqu’au collège et au lycée).
Pourquoi payer la coopérative ? Dans un grand nombre d’établissements, le rôle de la coopérative se résume à préparer la soirée dansante de fin d’année, à acheter des maillots et des ballons pour les sportifs et à organiser des kermesses dont les concepts laissent à désirer. C’est le chef d’établissement qui gère souvent l’argent de la coopérative derrière ses bons petits qu’il a lancés dans la campagne. Les élèves de la coopérative sont tenus de répondre favorablement à tous ses caprices.
Les coopératives bancales de nos établissements enfoncent définitivement le clou de la robotisation de nos enfants. La coopérative n’a jamais l’argent pour l’achat de quelques livres. Mais elle en a pour acheter des ballons. Elle n’a pas d’argent pour acheter les tissus qui servent à confectionner les costumes du club de théâtre. Mais elle en a par contre pour acheter des maillots aux sportifs et des costumes pour le concours de miss lycée. La coopérative n’a pas d’argent pour acheter un piano et des pupitres pour le club de musique. Elle en a pour acheter les lots de ses kermesses budgétivores. Elle n’a pas d’argent pour acheter des baffles ou des lecteurs CD pour les clubs de langue. Elle en a pour louer la sonorisation du bal de fin d’année. Il ne faut surtout pas lui demander d’acheter du papier et des crayons pour le club de dessin. Comment va-t-elle acheter des cadeaux pour récompenser les miss du lycée et payer les artistes qui seront en prestation en fin d’année si elle doit s’occuper du club presse ?
Le plus grave, c’est la disparition des clubs qui ont un impact direct sur le quotidien des élèves. C’est le cas du club de couture, celui de la cuisine et le club nature et environnement. On vous dira qu’il n’y a pas d’argent pour acheter les fils et les aiguilles du club de couture. Il n’y en a pas non plus pour acheter les semences qui auraient servi au club d’agriculture (et on nous parle d’autosuffisance alimentaire).
Le choix a été fait. Le système éducatif gabonais a décidé de faire la promotion de la musculature. Nous voulons des élèves mécaniques, robotisés, prompts à bondir, mais sans créativité, sans imagination. Pourquoi se plaindre alors de la baisse du niveau scolaire au Gabon ? Nous avons choisi de former des athlètes. Pourtant, les médailles olympiques ne pleuvent pas dans le pays. C’est absurde !
Rappelons que les emplois du temps des enseignants sont souvent si chargés qu’ils ne permettent pas aux formateurs (même les plus volontaires) de faire autre chose que leurs cours. Beaucoup voient leurs heures réduites non pas pour les activités culturelles, mais pour y ajouter des classes supplémentaires afin de combler le vide créé par le manque d’enseignants.
Le système éducatif gabonais doit changer de direction. Le système politique gabonais a détruit tous les acquis. Le système éducatif devient un objet de marchandage : on est prêt à enseigner l’homosexualité à nos enfants pour un peu d’argent déversé par les lobbies internationaux homosexuels. C’est une honte pour notre pays. C’est une honte pour notre culture. C’est une honte pour notre dignité.



Bien!