On entend souvent dire que Sean Bridon est l’homme le plus influent de l’Afrique francophone. Ceux qui font à Sean Bridon ces éloges ne lui rendent pas vraiment service. Depuis que le fils du pays est sorti du << guembe >> — pour ne pas dire la pauvreté — les Gabonais font ce qu’ils savent faire le mieux : le kounabélisme. Le kounabélisme est l’art de flatter pour obtenir ce que l’on souhaite de la personne flattée (c’est une définition simple de N’zassy). C’est l’art de l’affamé maître Renard face au richissime maître Corbeau. C’est un art vieux comme le monde. Chaque petit riche possède ses kounabélistes attitrés.
C’est ainsi que pour obtenir les faveurs de Sean Bridon, bon nombre d’artistes et blogueurs ont décidé de se muer en kounabélistes. Oui. Au Gabon, il te suffit de chanter les louanges de Sean Bridon pour attirer son attention. Et si tu as trop honte de faire ses louanges, tu peux toujours le défendre bec et griffes dehors quand il est en conflit avec un artiste ou autre. Combien de kounabélistes ont attaqué Eboloko et Fetty Ndoss pour défendre Sean Bridon ? Combien de kounabélistes ont attaqué l’Oiseau Rare pour prétendre défendre Sean Bridon ? Combien de kounabélistes ont attaqué FANG The Goldenman dans l’affaire des 500 000 $ pour prétendre laver l’honneur de Sean Bridon ? Aujourd’hui, les mêmes kounabélistes se jettent comme des fauves assoiffés de sang sur la petite Emma’a. Tout cela, pour plaire à Sean Bridon.
La critique partiale est le propre du kounabélistes. Il faut noter que le kounabéliste n’est pas bête. Il manque simplement de dignité, car il doit s’humilier pour récolter les fruits de ses éloges. Et s’il faut ramper pour l’obtenir, il n’hésitera pas.
Il faut ajouter que le kounabéliste sait parfaitement s’adapter au terrain. Il applique la règle la plus importante de l’armée : << c’est le terrain qui guide la manœuvre >>. Le kounabéliste le sait très bien : s’il veut survivre, il doit s’adapter en soufflant le chaud et le froid s’il le faut. C’est pourquoi les mêmes qui acclamaient Ali Bongo Ondimba avec autant de dévouement ont décidé de se tourner vers le nouveau président, le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Les mêmes qui arboraient les casquettes << Ali Pour Tous >> sont rapidement repartis au laboratoire pour concevoir les casquettes du président de la transition. Le kounabélisme est un art complexe qui demande une adaptation surnaturelle.
Pour être un bon kounabéliste, il est important de n’avoir jamais honte. Oui, le kounabéliste n’a pas honte. C’est un philosophe déchu. Comme les anges déchus, il sait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Il a une longue carrière au Gabon, car il y a toujours quelqu’un avide d’éloges.
Revenons sur le sujet.
Sean Bridon est une fierté pour le Gabon. Il n’y a aucun doute à ce niveau. Mais dans le milieu artistique francophone, il n’a pas l’influence qu’on veut bien lui prêter. Autrement dit, il n’est ni l’artiste le plus influent du milieu francophone ni le producteur le plus influent du ce milieu. Sauf si l’on définit très mal le mot << influent >>. Ne nous laissons pas tromper par le nombre d’abonnés sur Facebook. C’est une erreur d’appréciation. Si l’on compare par exemple l’influence de Sean Bridon sur les musiciens francophones et celle de David Monsoh, laquelle vous paraît plus influente ? Que dire de l’influence du Roi 12 12 dans le milieu francophone ? Que dire de l’influence de Fally Ipupa dans le milieu francophone ? Que dire de l’influence de Tiken Jah Fakoly sur la jeunesse francophone en quête de liberté ?
Sortons du cadre artistique. Certains disent que Sean Bridon est << l’homme >> le plus influent du monde francophone. Nous espérons qu’il le soit un jour pour le bien du Gabon et de l’Afrique. Mais pour l’instant, il faut lui dire la vérité, même s’il refuse de vous donner son argent. Nous connaissons les hommes et femmes les plus influents du monde francophone actuel. Il faut le dire. Sean Bridon n’est pas plus influent que le président Assimi Goïta. Sean Bridon n’est pas plus influent que le capitaine Ibrahim Traoré. Sean Bridon n’est pas plus influent que maman Aïcha Koné. Sean Bridon n’est pas plus influent que Kémi Séba. Pourtant, les kounabélistes connaissent la vérité. Mais ils préfèrent jeter des fleurs à Sean Bridon pour être dans ses bonnes grâces.
Que voulez-vous ? Le kounabélisme est un mouvement très puissant et très vorace. C’est une profession à part entière. Il faut juste marcher sur votre dignité pour avoir le diplôme et l’expérience requise. Au Gabon, le kounabélisme a de beaux jours devant lui.
Il faut peut-être que nous arrêtions de faire semblant. Je le dis haut et fort, le Gabon n’offre aucune perspective positive à ses artistes. Je l’ai déjà dit dans plusieurs articles. Il faut donc laisser la petite Emma’a tranquille. Elle ne sera pas le bouc émissaire d’un milieu artistique moribond et malhonnête.
Quant à Sean Bridon, il ferait mieux de se mettre au travail au lieu de suivre les louanges des kounabélistes. Jusque-là, son rôle de producteur de musique n’est pas une très grande réussite : le passage d’Eboloko et Fetty Ndoss a laissé un goût d’inachevé. Le succès ne viendra que par le travail et non par les éloges des kounabélistes.

