Comment reconstruire le Gabon en associant tous les Gabonais sans parti pris ? C’est la pénible équation que le général Brice Clotaire Oligui Nguema doit absolument résoudre. Depuis la prise du pouvoir par les militaires gabonais le 30 août 2023, le pays a retrouvé un sursaut de patriotisme. Les langues sont déliées sous la protection des militaires ainsi que l’éviction d’Ali Bongo et son parti (Parti Démocratique Gabonais). Longtemps bâillonné par la répression criminelle d’Ali Bongo et sa bande de collégiens, le peuple a décidé de parler.

Les populations gabonaises ne veulent voir aucun membre du parti d’Ali Bongo et ses proches dans la transition diligentée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema. C’est dans cet élan que les anciens ministres d’Ali Bongo ont été hués à la cérémonie de prestation de serment du général : il s’agit notamment d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, de Denise Mekam’ne Edzidzie et de Rose Christiane Ossouka Raponda. Notons encore la présence vivement contestée d’Hervé Patrick Opiangah dans le gouvernement de la transition. Il faut dire que le peuple désire tourner cette page sombre d’une histoire politique empreinte de répressions, de crimes et de tortures. L’incarcération de Jean Rémy Yama est un bel exemple de cette page lugubre du règne d’Ali Bongo et de ses amis du Parti Démocratique Gabonais.

Le président de la transition estime pour sa part que la majorité et l’opposition n’existent plus. Il s’agit donc pour la transition de remettre le pays sur les rails. Tout le monde ne partage pas cet avis. Si certains pensent que tous les membres du PDG n’étaient pas forcément mauvais, d’autres considèrent néanmoins qu’ils doivent rendre des comptes et être totalement exclus de la vie politique du nouveau Gabon en gestation. Il s’agit surtout de ceux qui ont participé aux différents gouvernements d’Ali Bongo. Voici l’équation que doit résoudre le président de la transition Brice Clotaire Oligui Nguema. Le peuple a-t-il raison ?

Faut-il encore tolérer, dans le milieu politique gabonais, les membres du PDG qui ont participé aux différents gouvernements d’Ali Bongo ? Les Gabonais pensent que les membres de ce parti ont montré leurs limites. Dans un pays qui se respecte, tous les anciens ministres d’Ali Bongo devraient être exclus de la vie politique du Gabon. Ces derniers devraient être interdits à toutes élections et nominations politiques au Gabon. C’est ce que pensent de nombreux Gabonais. Pourquoi ?

Pendant 14 ans, c’est-à-dire depuis l’accession au pouvoir de monsieur Ali Bongo, les anciens ministres et parlementaires du Parti Démocratique Gabonais n’ont cessé de crier haut et fort que le pays se portait bien. Certains, dans un cynisme légendaire, ont justifié le massacre des Gabonais au QG de monsieur Jean Ping. Les persécutions de monsieur Jean Rémy Yama et des autres membres de la société civile ; les persécutions des opposants (la maison de Jean-Pierre Lemboumba Lepandou est brûlée pendant la tournée politique d’Alexandre Barro Chambrier, sans compter l’arrestation d’Armel Mouendou) ; la chasse à l’homme pour les activistes (arrestation de Landry Amiang Washington, Stempy Love Obame, etc.) ; la gabegie et le pillage systématique des deniers publics (on cherche toujours où sont passés les 400 milliards du fonds COVID disparus par magie) ; la vente du pays aux étrangers (les postes clés aux mains de la Légion étrangère) ; les falsifications au sommet de l’État (l’imitation de la signature d’Ali Bongo était un secret de Polichinelle) ; l’incompétence notoire (le naufrage de l’Esther Miracle et la gestion calamiteuse de la pandémie COVID-19 ont montré le degré d’amateurisme de ce parti) ; la destruction des biens de l’État (destruction du campus de l’Université Omar Bongo jusqu’à ce jour) ; les crimes (le massacre des Gabonais au QG de Jean Ping et la lâche exécution de Djinky Emmane M’vono et Gildas Iloko dont on attend toujours les résultats de l’enquête promise par le procureur de la République). Malgré tous ces faits, les membres du Parti Démocratique Gabonais ont continué de clamer avec des haut-parleurs et vuvuzelas la bonne santé du pays. Comment comprendre une telle logique ?

Tous ces méfaits des membres du PDG sont restés gravés dans l’âme du peuple gabonais. C’est la raison pour laquelle les Gabonais demandent l’exclusion totale de la vie politique des membres du PDG qui ont participé à la gestion catastrophique d’Ali Bongo Ondimba. Tous. Sans exception. Voici une tâche bien difficile pour le nouvel homme fort du pays.

Les Gabonais ont-ils tort de demander l’exclusion des amis d’Ali Bongo de la vie politique gabonaise ? À vous d’en juger.