Triste sort que celui des jeunes Gabonais dont l’avenir est quotidiennement sacrifié pour des intérêts obscurs. Où va l’argent du Gabon ? C’est la question que se posent de nombreux Gabonais qui voient leur vie s’assombrir de jour en jour. Le désespoir grandit au sein de la population dont les revenus ne permettent plus de manger à sa faim (en supposant que ces revenus aient un jour permis de manger à sa faim). Le paquet de sucre, aussi incontournable que le sel, est vendu à 1500 FCFA ou 2000 FCFA par endroit, voire 2500 FCFA.

Il faut ajouter à ces malheurs l’instabilité de l’emploi qui s’apparente aujourd’hui à l’esclavage moderne. Les fausses promesses (port en eaux profondes de Mayumba) et les détournements des deniers publics par les politiciens gabonais contribuent à créer ce chaos digne du royaume de Lucifer. Comme si cela ne suffisait pas, le sentiment d’injustice est nourri par ceux qui sont censés faire appliquer la loi. L’incarcération de monsieur Jean Rémy Yama est d’ailleurs considérée par beaucoup de Gabonais comme une prise d’otage de la justice gabonaise. Le sentiment d’injustice, c’est aussi cette enquête ouverte sur l’assassinat de Djinky Emmane M’vono et Gildas Iloko qui n’a jamais abouti à l’arrestation des tireurs. Aujourd’hui, les Gabonais attendent l’arrestation des personnes qui ont troublé la causerie de monsieur Alexandre Barro Chambrier. Une fois de plus, la Justice gabonaise va peut-être encore se défiler et fuir ses responsabilités.

C’est face à cette misère qu’il faut comprendre l’acte désespéré de notre jeune compatriote Glenn Patrick Moundende. Au comble de la souffrance, le jeune homme est passé à l’action pour se faire entendre. Peut-on habiter une région immensément riche et vivre comme un chien ? C’est le message qu’il faut comprendre à travers l’acte de Glenn Patrick Moundende.

Il l’explique : « Hier dans la nuit, à travers le coup de fil pour rentrer toujours en contact avec eux, ils ont repéré mes appels… la position où j’étais. […] Et quand ils sont arrivés… heureusement que nos ancêtres de cette terre mère… vu que la cause que je revendique de manière individuelle, seul… c’est pas que je suis avec les gens… non… Je me bats pour mon peuple comme les aînés ont commencé… Ces entreprises ont signé des partenariats avec le département dans le cadre social. [Elles] devaient accompagner les riverains, les populations qu’[elles] ont trouvées dans des projets tels que l’éducation, la santé, le travail et le financement parfois de certaines bourses. Malheureusement, nous ne voyons pas cela. Les politiques viennent… ils implantent leurs entreprises et gèrent le travail en bricole où ils paient les gens quand ils veulent, 5 mois, 6 mois après… Tout ça, les gens doivent accepter que quelqu’un te fasse travailler pendant 6 mois, il ne te paie pas, tu dois l’applaudir et, quand il vient te payer, il te donne 1 mois sur les 6 mois qu’il te doit… ça, ce sont les hommes politiques de notre département. […] Nous n’avons plus rien : plus de dispensaires, plus d’écoles et dans la zone dans laquelle nous vivons, toutes les rivières sont polluées. Nous n’avons pas d’accompagnement en eau. Aucune pompe hydraulique… n’existe dans le village. Pas d’électricité, pourtant eux-mêmes, ils s’alimentent à travers le gaz depuis leur station et nous sommes à quelques kilomètres d’eux… C’est vraiment regrettable. […] Tout récemment, j’ai appelé le préfet de Mandji pour vouloir lui expliquer un peu la situation, essayer de voir comment on pouvait aborder le sujet, mais le préfet n’a même pas voulu m’écouter. Il m’a juste menacé. Il a raccroché. Le commandant de brigade de même. Tout ça parce que eux-aussi sont sous la houlette des hommes politiques, à cause des pots-de-vin… »

Ces mots de Glenn Patrick Moundende ont sonné à nos oreilles comme les paroles de Jésus au soir de sa vie. Oui, sa mort tragique nous évoque les derniers instants de l’exécution criminelle de Jésus : « Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix, pour qu’il la porte derrière Jésus. Il était suivi d’une grande multitude des gens du peuple, et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Jésus se tourna vers elles, et dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. Car voici, des jours viendront où l’on dira: Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n’ont point enfanté, et les mamelles qui n’ont point allaité! Alors ils se mettront à dire aux montagnes: Tombez sur nous! Et aux collines: Couvrez-nous! Car, si l’on fait ces choses au bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec? On conduisait en même temps deux malfaiteurs, qui devaient être mis à mort avec Jésus. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. Jésus dit: Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort. Le peuple se tenait là, et regardait. Les magistrats se moquaient de Jésus, disant: Il a sauvé les autres; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu! Les soldats aussi se moquaient de lui; s’approchant et lui présentant du vinaigre, ils disaient: Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même! » (Luc 23)

Est-ce que nous devons nous réjouir de la mort de ce jeune Gabonais qui n’avait jamais eu affaire à la justice gabonaise ? Pourtant, aucune autorité politique actuellement au pouvoir ne regrette ouvertement la mort de ce jeune père de famille qui laisse derrière lui un orphelin. Aucun mot des autorités judiciaires à l’endroit de la famille pour la perte de leur enfant. Tout se passe comme si abattre un Gabonais désarmé était tout à fait normal. Est-ce bien la version du vivre-ensemble que nous vendent les politiciens gabonais ? A quel moment est-on arrivé à cette déshumanisation du Gabon ?

Il ne suffit pas de condamner l’enlèvement et de réconforter les personnes retenues par Glenn Patrick. Si nous sommes honnêtes, nous devons aussi condamner les conditions de vie infernale qui ont conduit à ce drame et trouver des solutions aux populations de Mandji Ndolou qui ne voient pas les fruits des richesses exploitées dans leur localité.

Porter les fardeaux du peuple est le plus grand sacrifice qu’un homme puisse faire. C’est le Christ qui nous l’enseigne. En parlant de la souffrance des populations de Mandji Ndolou, tu as porté la charge la plus lourde de l’existence : celle de la compassion.

La mort de Glenn Patrick Moundende est une honte pour la nation gabonaise. Quel héroïsme y a-t-il à tirer sur un citoyen désarmé ? La mort tragique de Glenn Patrick Moundende doit nous interpeller. Si on peut tirer sur un jeune homme désarmé et se réjouir, il faut alors conclure que le Gabon est tombé bien bas et mérite d’être la risée du continent africain. Si nous nous comportons ainsi avec la jeunesse gabonaise (l’avenir du peuple), le sort du pays sera bien pire. C’est peut-être ici le lieu de méditer ces paroles de Jésus : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. Car, si l’on fait ces choses au bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec ? »

Les populations de Mandji peuvent être fières de leur fils. Un fils qui a fait preuve de compassion face aux souffrances de ses parents, face aux souffrances de son village, face aux souffrances de son département, face aux souffrances des Gabonais. Merci à la famille de Glenn Patrick Moundende qui a donné au Gabon cette grande âme. A travers ses revendications, Glenn Patrick Moundende nous enseigne la compassion pour le peuple comme le Christ en son temps. C’est la raison pour laquelle nous disons que Glenn Patrick Moundende est le treizième disciple du Christ. L’amour qu’il a manifesté pour son prochain doit nous servir d’exemple. Il est mort pour avoir voulu le bien de tous. Merci pour cette leçon de compassion.