Les raisons de l’échec scolaire trouvent parfois leurs justificatifs au sein des domaines les plus inattendus. Qui pourrait s’imaginer par exemple que la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) pouvait contribuer à l’échec scolaire de nos enfants ? Aussi étrange que cela puisse paraître, la SEEG semble avoir décidé de participer à sa manière au déclin du niveau scolaire des élèves de Lambaréné.
Cette année est vraiment l’année de tous les maux pour la petite ville d’Albert Schweitzer. Après les inondations qui ont causé de nombreuses pertes matérielles, le tour revient à la SEEG d’apporter son lot de misères à une ville déjà si durement éprouvée. En effet, les coupures intempestives et les délestages inexpliqués rythment désormais la vie de cette paisible capitale provinciale, qui paraît absente du 21e siècle, au regard des manières désinvoltes de la SEEG.
Nombreux sont les élèves et les enseignants qui ne savent plus à quel saint se vouer. Il n’est d’ailleurs plus rare d’écouter les plaintes s’élever en milieu scolaire : « C’est à cause de la coupure d’électricité que je n’ai pas terminé mes exercices de maison. » Pour les élèves qui achèvent leurs cours à 17 heures, le calvaire devient insurmontable après une journée harassante, ponctuée par de nombreux cours.
Le fer à charbon n’étant plus d’actualité, certains élèves arrivent avec des vêtements froissés dans les établissements. Les moins courageux ou les plus honteux choisissent de rester à la maison au lieu de se présenter avec des vêtements susceptibles de provoquer l’hilarité des camarades.
Comment étudier dans l’obscurité ? C’est la question que les élèves se posent dans la capitale provinciale du Moyen-Ogooué en plein 21e siècle. Rappelons qu’un bon nombre d’élèves préfèrent étudier la nuit pour profiter du calme et de la fraîcheur nocturne. Où se trouve l’égalité des chances quand certains élèves du Gabon se demandent comment étudier dans la pénombre pendant que d’autres ne savent pas à quoi ressemble un délestage ?
Les coupures d’électricité empêchent nos élèves de s’informer et de faire des recherches. Comment suivre le journal de 20 heures sans courant ? Comment faire des recherches sur Internet quand la batterie de votre téléphone mobile est déchargée depuis deux jours ? Comment préparer des exposés et des devoirs de maison dans des conditions pareilles ? Les box pour wifi, censées fournir la connexion internet, sont aussi privées d’électricité, creusant ainsi le fossé du désarroi des élèves.
Les enseignants sont aussi frontalement impactés par ces délestages. Les coupures d’électricité empêchent l’utilisation des photocopieurs : beaucoup d’enseignements éprouvent des difficultés à réaliser des montages pour l’exécution de leurs cours. Les tirages des copies se jouent désormais aux signes du zodiaque. En effet, ils doivent dorénavant être chanceux pour rentrer en possession de leurs photocopies. Cela dépend à présent des caprices de notre très chère SEEG.
Si les élèves se demandent comment étudier dans l’obscurité, les enseignants, quant à eux, se demandent comment préparer des cours et corriger des copies afin de procéder diligemment à des remédiations.
Ce qui est déroutant dans cette affaire, c’est de constater que tous les quartiers ne sont pas soumis au même niveau de délestage. Certains quartiers semblent être privilégiés pendant que d’autres essuient les revers d’un amateurisme évident. La zone s’étendant du 5, Carrefour SAFOR, Carrefour Mika, Canadien jusqu’à L’Hacienda, apparaît comme le terrain favori de la SEEG pour les grands délestages. Les Gabonais qui vivent dans cette zone sont-ils moins Gabonais que ceux qui vivent à Atongowanga ? Les élèves qui vivent dans cette zone sont-ils moins élèves que ceux d’Atongowanga ? Pourquoi cette disparité ? Lorsque le chef de l’État parle d’égalité des chances, l’administration n’a-t-elle pas pour rôle d’appliquer les recommandations de ce dernier ? Pourquoi l’administration de la SEEG trahit-elle ce concept du président de la République ?
À tout cela, il faut ajouter la chaleur étouffante qui gâche le sommeil des élèves et des enseignants. Les moustiques s’adonnent également à cœur joie dans ce buffet offert gratuitement par la SEEG. Comment dormir sans ventilateur dans l’une des villes les plus chaudes du Gabon ? Peut-on en vouloir ensuite à un élève qui somnole en classe pour avoir passé une nuit infernale ?
Le sentiment d’insécurité qui accompagne les coupures d’électricité ajoute une couche supplémentaire dans les souffrances des apprenants de Lambaréné. La pénombre est le moment propice pour le vandalisme, les braquages et les cambriolages. Un citoyen inquiet nous expliquait qu’il était obligé de se lever de son lit plusieurs fois par nuit afin de vérifier que personne ne profitait de l’obscurité pour pénétrer par effraction dans sa maison. Grâce aux prouesses de la SEEG en matière de délestages, il s’était improvisé « gardien de nuit » pour que sa famille dorme en sécurité.
Les délinquants ne sont pas les seuls à profiter de ces délestages. Les reptiles et les insectes en profitent aussi pour faire des emplettes dans ce grand marché de l’obscurité.

Que dire des risques d’incendies encourus par les familles qui allument des bougies à la sauvette pour échapper aux coupures d’électricité ? Étudier à la bougie ne comporte pas seulement un risque pour nos enfants et nos maisons. C’est aussi une rude épreuve pour nos yeux, habitués à un éclairage moderne. Dans une ville où il n’existe aucun véhicule de sapeurs-pompiers pour éteindre des flammes, tous les délestages devraient être exclus pour limiter les risques d’incendies et l’exposition de nos enfants aux flammes d’une bougie souvent traîtresse.
Il devient urgent de trouver une solution définitive à ce problème qui contribue à baisser le niveau scolaire de nos enfants.
Je m’arrête ici. On va encore dire que N’zassy parle trop.


