Lycée d’Application Nelson Mandela

Baccalauréat blanc

Session d’avril 2019

Département de Français

Séries A1 / A2

Coefficient 5

Durée : 4 heures

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants.

Sujet 1 : ÉTUDE D’UN TEXTE ARGUMENTATIF

De nombreux intellectuels comme Alain Finkelkraut déplorent avec justesse la « crise de la lecture », principalement chez les jeunes ; c’est en tant que « jeune » que je me permets de proposer ici une analyse qui paraîtrait bien ridicule : j’appartiens à la jeunesse là où ils ne la connaissent que de façon détournée, indirecte, et j’espère par là leur être utile. 

Précisons d’abord qu’il s’agira ici de « jeunes » appartenant aux classes sociales les plus favorisées, c’est-à-dire des jeunes qu’aucun obstacle linguistique ou économique ne sépare de la littérature. Pourquoi ne lisent-ils pas ? La réponse ne doit pas s’appuyer sur une analyse de la littérature telle qu’elle est, mais plutôt telle qu’elle est conçue, bref sur son apparence ; car les jeunes, encore plus que les autres, sont sensibles aux représentations, aux symboles. Ce qui les intéresse dans un premier temps, ce n’est pas la chose en elle-même mais bien l’image qu’en renvoie le groupe auquel il appartient.

Dès lors la question qui doit se poser est celle-ci : quelle est l’image de la littérature parmi les jeunes ? Pour y répondre, partons d’un autre problème, qui a lui aussi fait couler beaucoup d’encre : les jeunes boivent de plus en plus. Pourquoi ? Encore une fois la réponse se situe dans l’ordre du symbolique. Pour répondre à ces deux questions, une seule réponse : dans l’imaginaire collectif de la jeunesse, l’alcool occupe la place qui devrait être celle de la littérature. Pour être reconnu comme « jeune » par ses pairs, il faut être un buveur et non un lecteur. On se vante d’avoir vomi le samedi soir, on se cache si l’on a lu Cendrars. Si l’alcool a pu si aisément remplacer la littérature dans l’univers des jeunes, c’est bien sûr parce qu’il lui ressemble un peu et que, en apparence justement, il semble bien apporter la même chose.  L’alcool est le triste versant de la littérature : le versant de la facilité, alors que la littérature, comme le disait Rilke, est tout entière dans l’acceptation de la difficulté. Comme la littérature, l’alcool est une échappatoire à la vie normale. Comme la littérature, il permet à la jeunesse de contenter son « conformisme anticonformiste ». 

Il est inutile de rappeler à quel point un pareil rapprochement est erroné : l’alcool ne nécessite aucun travail ni aucune recherche, il nie la société et la réalité là où la littérature la comprend et l’utilise pour créer quelque chose de neuf. Mais, comme la jeunesse, on se contente d’un vernis pour juger de la chose, il est difficile de se rendre compte de cette nuance. Le vernis de l’alcool ? Nul doute qu’on y trouvera des images de liberté, d’anticonformisme ; bref de jeunesse. Précisément les images que devraient susciter la littérature. Or que réserve-t-on à cette dernière ? Des vieillards dans un fauteuil avec leur tisane, des adultes moralisateurs, des conseils sentencieux, etc. 

Mais n’accusez pas la jeunesse, accusez-vous plutôt de n’avoir pas su donner à la littérature l’image qui devrait être la sienne ! C’est à force de vouloir panthéoniser Albert Camus, à force de répéter « qu’il faut lire pour progresser en orthographe et en grammaire, et puis c’est bon pour la culture », à force de porter aux nues Balzac, La Fontaine, Racine mais sans avoir lu leur œuvre, à force d’encenser la littérature de telle sorte que le bien-pensant dominant lui fait  aujourd’hui une place de choix dans l’échelle des « choses biens », on a fait de la littérature un véritable repoussoir pour une jeunesse en quête de sincérité.  

Encore une fois, l’alcool leur semble une bien meilleure échappatoire, la seule encore digne de la jeunesse, la seule que le bien-pensant ne ralliera jamais à sa bannière, parce que c’est mal, parce que c’est mauvais. Peut-être la littérature gagnerait-elle à être raillée par ceux qui ne l’aiment pas, par ceux qui la trouvent inutile et sans intérêt : qu’ils soient sincères donc, et qu’ils ne disent pas à leurs enfants, pour être en accord avec le conformisme ambiant, qu’il faut lire, que c’est bien ! C’est ce mensonge qu’il faut avant tout supprimer, et peut-être alors la jeunesse se battra-t-elle pour défendre une littérature enfin dénigrée par certains. 

Le mal-être de la jeunesse vient précisément de ce que la littérature n’est, pour beaucoup d’entre eux, plus là pour recueillir les doutes, les souffrances et les envies inséparables de cet âge.  

Pierre AZOU, Pourquoi les jeunes ne lisent pas, 22 décembre 2009.

I. Questions d’analyse et de compréhension (8 points) 

1. Quel constat fait l’auteur de cet article ? (1point) 

2. Quelle est, selon lui, la véritable cause de cette situation ? (1point) 

3. Relevez trois indices de nature différente traduisant l’implication du locuteur dans le texte. (3points) 

4. Dans le troisième paragraphe, identifiez deux figures de style et interprétez-les. (3 points) 

II. Travail d’écriture (12 points) 

Pierre AZOU déclare : « Le mal-être de la jeunesse vient précisément de ce que la littérature n’est, pour beaucoup d’entre eux, plus là pour recueillir les doutes, les souffrances et les envies inséparables de cet âge. » 

Partagez-vous cette affirmation ? 

Sujet 2 : COMMENTAIRE COMPOSE

Ma Lydia, pendant que les trois étudiants échangent ces propos, le taxi est reparti. Ils se lèvent pour me céder leur place. Je suis soulagé car mes jambes ne me portent plus. Tourné vers la salle de classe, je me perds dans la contemplation de cette poussière livide qui s’éparpille, et qui représente la vie qui s’envole, les maladies et la mort qui s’installent. Et, comme pour m’en convaincre, j’entends l’une des ménagères tousser à faire exploser sa poitrine. 

Ma Lydia, je te rapporte cette matinée pour que tu comprennes que tous les métiers comportent autant de risques, ils sont tous utiles et précieux, parce que voulus par l’Éternel. Imagine un peu notre société sans ménagères ! Les salles de classe, les hôpitaux, les administrations publiques et privées, les ateliers et les usines crouleraient dans la poussière et autres impuretés, les maladies puis la mort s’installeraient aux coins de nos villages et de nos villes ! 

Dieu est prévoyant qui a pensé à toutes les professions, aux travailleurs manuels, à l’importance de la ménagère. Il faut voir la société humaine comme un corps immense où chaque organe est à sa place.

Malheureusement, une ménagère qui balaie la poussière en meurt lentement. Un jour, la voici alitée ! La tuberculose, ou le cancer, a perforé ses poumons. Sa mort ne sera certes pas immédiate. Mais, cette affection qui la tuera au bout des mois ou des années, nul ne comprendra qu’elle est liée à son travail. Le soldat qui défend la patrie est un héros quand il tombe au champ d’honneur. L’ouvrier dont le bras est broyé par une machine est indemnisé par l’entreprise.

De mon banc, je tends l’oreille, les quintes de toux continuent à se faire entendre. Mon souhait est que cet étudiant comprenne un jour que même une ménagère est considérable. Ma Lydia, la rencontre de l’Éternel nous a remis sur le Sentier qui monte, à côté duquel nous marchions les yeux fermés. Gardons tous nos sens ouverts sur ce sentier élevé ! 

Maurice OKOUMBA NKOGHE, Ma Lydia, Tome I, Libreville, Ed. Ntsame, 2018, pp. 70-71. 

Sans dissocier le fond de la forme, vous ferez de ce texte un commentaire composé.  Vous pourrez, par exemple, montrer comment au-delà de la valorisation du métier l’auteur  parvient à exprimer ses sentiments. 

Sujet 3 : DISSERTATION LITTÉRAIRE

Le roman copie-t-il le réel ? En prenant appui sur des œuvres lues ou étudiées, vous réagirez à cette interrogation de façon argumentée.