A l’heure où le plagiat bat son plein dans la musique gabonaise ; à l’heure où le bilan de la nouvelle génération de rappeurs gabonais donne des sueurs froides ; à l’heure où l’incertitude emplit le showbiz face à l’avenir du rap gabonais, Le Flow du Sud vient confirmer qu’il reste un maître incontesté du rap gabonais (nouvelle génération).
Connu pour avoir un style déconcertant, Le Flow du Sud a toujours voulu se démarquer du rap des pays francophones qui imite trop souvent et sans discernement les rappeurs français. D’ailleurs, Le Flow du Sud le dit dans Touché : << Moi, quand je rappe, on voit le Gabon. Je ne suis pas comme les autres qui font du rap français. Je ne suis pas comme ceux qui font le rap américain. >> Cette volonté de faire les choses différemment est la marque déposée du jeune rappeur gabonais.

Le Flow du Sud, c’est avant tout une certaine efficacité dans la simplicité et une volonté manifeste d’éviter le paraître. En effet, l’artiste est au plus près des réalités, du quotidien des Gabonais. Peut-on donner des uppercuts dans la plus grande des simplicités ? C’est du moins l’image que nous pouvons donner au style de cet artiste qui ne s’agite jamais : il est là ; marche calmement ; rappe calmement ; toujours dans une posture inattendue ; pourtant, ses mots sont des missiles nucléaires supersoniques qui ne ratent jamais leurs cibles et créent des dommages collatéraux à des kilomètres à la ronde.

En somme, Le Flow du Sud ne force pas, cependant les résultats sont là. Écoutons et regardons le clip Austérité pour s’en convaincre. Il est assis dans un espace qui traduit très bien la dure réalité des quartiers pauvres de la capitale gabonaise. Chaque phrase qu’il lance constitue un sujet de réflexion. Toujours fidèle à sa posture pour le moins décalée et par ailleurs en phase avec les réalités de Libreville, on peut encore le voir tenir deux bidons dans le titre Ndo boa. La posture qui a visiblement marqué les esprits, reste sans aucun doute cette image dans laquelle il apparaît avec une pelle, une bouteille d’eau et des bottes : c’est le titre Maillot qui l’oppose au jeune rappeur gabonais Mc Bright. Chaque phrase de ce titre est une frappe chirurgicale qui fera prendre à Ba’ponga un missile volontairement perdu.

Une fois de plus, Le Flow du Sud nous revient avec ses postures étranges qui mêlent deux univers dont nous parlerons plus tard. Le Ngongongo reste fidèle aux habitudes de l’artiste. Cette fois, c’est Fetty Ndoss qui goûte à la lame du dernier mousquetaire gabonais. Au passage, Sean Bridon s’est pris une éraflure comme Ba’ponga avant lui.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le petit est doué. Chacune de ses interventions est un coup de pied dans la fourmilière.

Pour terminer, rappelons que le rap n’a plus cette étiquette de grand banditisme que beaucoup lui attribuaient. Aujourd’hui, on peut donc faire du rap et poursuivre aisément ses études universitaires. C’est un bel exemple que Le Flow du Sud donne à la nouvelle génération.
<< Touvian >> demeurera un concept infructueux tant que son sens reste vide. Il faut peut-être que les rappeurs gabonais apprennent à saisir les opportunités qui s’offrent à eux. C’est probablement l’occasion d’organiser un événement annuel dédié au rap gabonais dont le << Touvian >> serait la porte d’entrée. Un << Touvian >> annuel suivi d’un grand concert de mise au point. Un événement annuel spécial rap gabonais : voilà ce qui manque au showbiz gabonais. Juste un premier nota bene : ne pas impliquer les politiciens dans cette affaire. Le deuxième nota bene : ne pas accepter à ce concert les rappeurs qui insultent les parents (père et mère) des gens, car on ne mélange pas les serviettes et les torchons ; on peut faire un clash intelligent comme nous le montre Le Flow du Sud sans remettre en cause les valeurs de nos ancêtres.
Je m’arrête ici. On va encore dire que N’zassy parle trop.


