Dans une publication de Gaboma Tracks (à tout seigneur, tout honneur), de nombreux artistes gabonais sont cités pour leur propension à utiliser les musiques d’autrui sans permission, c’est-à-dire le plagiat. Que révèlent ces prétendus remix, ces plagiats qui s’apparentent surtout à du vol ?
La première chose que nous révèlent les fameux plagiats, c’est le manque de sérieux de certains musiciens gabonais que l’on devrait davantage considérer comme des charlatans dans un village qui n’a rien demandé. Est-il normal de réclamer les droits d’auteur au Gabon et de s’approprier le travail d’autrui ? C’est un non-sens évident. Un musicien sérieux ne peut s’emparer de la musique d’un autre sans lui reverser des droits. Nous connaissons le conflit qui a opposé Michael Jackson et Manu Dibango, à propos de Soul Makossa, plagié par Michael Jackson. Ce même titre fut encore plagié par Rihanna dans Don’t stop the music. Il en est de même pour Akon qui a proposé un remix de Wanna be starting something de Michael Jackson. Dans une vidéo publiée sur Dailymotion par Le Parisien, Manu Dibango s’exclame à propos de ces plagiats : << C’est incroyable, ces gens-là ! C’est incroyable ! Comment on peut être malhonnête comme ça ! >> Le problème avec Michael Jackson s’est finalement réglé au tribunal. Chacun est rentré dans ses droits après le conflit. Voilà ce que l’on appelle artistes sérieux. Ce qui n’est pas le cas de ces artistes gabonais qui profitent impunément du travail d’autrui à travers des concerts et des showcases, dans un pays dit de droits.


La deuxième chose que ce comportement nous révèle, c’est le très faible niveau de ces musiciens gabonais. Oui, le niveau est vraiment bas. Sinon, comment expliquer qu’un artiste s’approprie le tube (nous disons bien le tube) d’un autre sans le sublimer et le pousser encore plus haut ? Autrement dit, ces » plagiats » n’ont pas dépassé les frontières du Gabon et retenti dans les oreilles des propriétaires. Ces prétendus remix n’ont jamais eu plus de valeur qu’un karaoké. C’est dire que le niveau de certains musiciens gabonais n’atteint même pas celui d’interprète débutant. Comme le dit Manu Dibango : << C’est incroyable, ces gens-là ! C’est incroyable ! Comment on peut être malhonnête comme ça ! >>
En outre, cette affaire met en avant le véritable niveau musical du pays sur le plan international. Disons-le, le Gabon n’est présentement pas une terre musicale pour l’international. Pour dire, comme dans mon quartier, les autres nations, les anglophones en particulier, n’ont carrément pas le temps de la musique gabonaise. Autrement dit, nous pouvons copier, chanter, gagner un peu d’argent avec la musique nigérienne et la musique ghanéenne, ces derniers n’ont clairement pas notre temps. Il n’y a donc aucune rentabilité à poursuivre un musicien gabonais pour plagiat puisque ce dernier n’existe pas sur la scène internationale. Et Manu Dibango fait bien de souligner : << C’est incroyable, ces gens-là ! C’est incroyable ! Comment on peut être malhonnête comme ça ! >>
Par ailleurs, le niveau de certains beatmakers et arrangeurs gabonais laisse à désirer. Beaucoup ont contribué à cette médiocrité musicale. Faut-il croire que les beatmakers gabonais manquent de créativité ? Grâce à la créativité des beatmakers nigériens et ghanéens, combinée aux talents des chanteurs comme Shatta Wale et Sarkodie, l’Afrique a imposé l’afrobeat aux États-Unis et en Europe. Où est la créativité de nos beatmakers gabonais ? Cela ne justifie pas le vol des instrumentaux de nos frères anglophones, mais il faut quand même souligner la responsabilité des beatmakers.

Il faut ajouter à ces points l’irresponsabilité de certains studios d’enregistrement. Les studios qui acceptent de poser les voix des artistes sur un instrumental volé méritent d’être fermés. Dans l’ordre des plaintes, de tels studios recevraient également des convocations pour avoir participé à l’exploitation du bien d’autrui sans autorisation. Mais nous sommes au Gabon. Ce comportement montre que le milieu du showbiz gabonais est miné par un groupuscule de paresseux et de malhonnêtes. Des personnes qui contribuent à tuer la musique gabonaise en encourageant la bêtise. C’est peut-être aussi pour eux que Manu Dibango dit : << C’est incroyable, ces gens-là ! C’est incroyable ! Comment on peut être malhonnête comme ça ! >>

Les producteurs ne sont pas en reste. En effet, le degré de malhonnêteté de certains producteurs gabonais qui contribuent à créer ces musiques controversées dignes d’un braquage hollywoodien nous fait vomir. Je suis producteur. Mon artiste m’apporte une musique volée. J’accepte quand même de produire la chanson, car je sais que Shatta Wale et Sarkodie ne viendront jamais se plaindre au Gabon. Si je suis ce genre de producteur, comment peut-on me définir ? A l’évidence, je suis un malhonnête (quand je connais l’origine de la musique proposée) ou un ignorant (quand je ne connais pas l’origine de cette musique). A ces producteurs, Manu Dibango aurait probablement dit : << C’est incroyable, ces gens-là ! C’est incroyable ! Comment on peut être malhonnête comme ça ! >>
Quant aux managers qui accompagnent les artistes gabonais dans des prestations avec des plagiats, ils mettent surtout en avant leur degré de malhonnêteté viscérale. Ils négocient avec ferveur des cachets pour une musique volée. C’est une honte pour le pays. Et si Manu Dibango leur parlait : << C’est incroyable, ces gens-là ! C’est incroyable ! Comment on peut être malhonnête comme ça ! >>
Il est peut-être tant que certains musiciens gabonais se ressaisissent.
Achevons ce tableau avec le niveau crépusculaire de nombreux mélomanes gabonais qui est aussi bas que celui de leurs artistes malhonnêtes. Comment danser sur une musique volée sans s’indigner outre mesure ? C’est pourtant ce que beaucoup de mélomanes gabonais font. Ce sont ces derniers qui encouragent le désordre. Le public n’est pas gêné par le talent usurpé ou la fraude. Ce n’est certainement pas avec le niveau de ce public que les musiciens gabonais se mettront au travail. Quand la demande est exigeante, le produit est obligé de le devenir. Avec une demande aussi légère, la facilité et la médiocrité ne peuvent que supplanter la qualité en laissant derrière elle une poussière d’immondices musicales. Il faut être malhonnête pour encourager la malhonnêteté. C’est peut-être une fois de plus l’occasion de convoquer Manu Dibango qui traduit très bien notre étonnement : << C’est incroyable, ces gens-là ! C’est incroyable ! Comment on peut être malhonnête comme ça ! >>
En ce qui concerne la relève, on peut amèrement s’interroger. Quel avenir pour la musique gabonaise ? Que peut-on espérer de cette génération de musiciens pirates ? Que peut-on espérer de ce prêt-à-porter musical ? Qu’est-ce que l’on est en droit d’espérer de ce fast-food musical épicé de malhonnêteté ? Quel modèle sommes-nous en train de construire pour la jeunesse ?
Retenons que le Gabon est un pays en déliquescence. Tout s’étiole, se détériore, même dans un domaine comme la musique qui implique la créativité, tout se dessèche dans ce corps putréfié de la société gabonaise. Les valeurs sont piétinées. La tricherie et le vol sont incrustés comme un cancer dans ce pays. Ce qui aurait dû nous faire honte ne semble gêner personne. Loin de se remettre en cause, les tricheurs se justifient. Pendant ce temps, on avance sérieusement dans d’autres pays. Dans bientôt, le Gabon remportera le Record Guinness de la bêtise. Nous allons le célébrer avec faste. Voici le nouveau Gabon. On va encore dire que N’zassy parle trop.



C’est vraiment triste et après ils sont les premiers à pleurer qu’ont leurs octroie pas les droits d’ auteur
Les musiciens gabonais sont parfois contradictoires.