(Rédigé par Arnaud N’zassy)
Depuis la sortie du clip Ovengo de Don’zer, la toile est en ébullition. Des voix s’élèvent en faveur et contre la nouvelle chanson de l’artiste.
Voici 5 raisons qui montrent que le nouveau son de Don’zer est un chef-d’œuvre.
La chanson sort des sentiers battus de la Tcham
Depuis l’éclosion de la Tcham, l’on a vu se succéder une multitude de chansons et clips. Toujours la même rengaine : une personne qui court ici ; une autre qui arrache un sac par là ; un mec qui fume le dac plus loin ; une femme agressée dans un coin de rue ; bref, l’éloge du bon délinquant. Dans Ovengo, ces scénarios bon marché sont mis de côté pour laisser la place au mystère, à l’inconnu. Le rappeur s’est émancipé des formules bateaux de la Tcham pour se lancer à la quête de l’originalité.

Le mystère ou la quête de soi
Deux types de masque apparaissent dans le clip : celui qui renvoie au mystère de la rue (des hommes masqués de cagoules blanches et de cagoules noires) et celui qui renvoie aux mystères de nos rites traditionnels (à travers le kaolin rouge et blanc sur le visage des initiés). Ici, aucune cigarette allumée. C’est la torche indigène qui trône au centre de la scène. Ici, pas d’armes blanches. Ce sont les maracas qui accompagnent la torche indigène et qui rythment le chant. Est-ce une nouvelle voie pour la Tcham ? Don’zer montre qu’il est possible de valoriser notre culture via la Tcham. On passe du mystère de la rue au mystère de la vie.

Ovengo est un bel hymne à nos traditions. En effet, cette chanson est une véritable célébration de nos traditions. Les quatre éléments y sont bien représentés : la terre (le kaolin) ; l’eau (la rivière, source de tous les mystères) ; le feu (qui ouvre la porte du monde des esprits à travers la torche indigène) et l’air (nous vous laissons chercher). Nous parlons d’un titre qui porte la marque du Gabon, les symboles de notre patrimoine culturel. Dans le rap, c’est tout simplement formidable ! Dans le Concert des Nations, on apporte sa culture. N’est-ce pas une raison de plus pour apprécier cette sortie musicale de Don’zer ?

Les paroles
Don’zer demeure dans le Toli Bangando. Il est resté fidèle à lui-même. Dans un pays sérieux, il aurait déjà été approché par des linguistes. Avec lui, c’est la recherche du dico du mapane obligatoire pour ceux qui souhaitent le comprendre. C’est sa marque déposée. Il suffit d’écouter son titre Wata ou Goudronier pour s’en convaincre. Rappelons que l’argot des rues du Gabon est en perpétuel renouvellement. Comparez le titre Toli Bangando de L’Oiseau Rare et Rodzeng, puis celui du groupe Movaizhaleine. Entre ces deux générations, le dictionnaire du mapane a évolué. S’il existait une Académie gabonaise du mapane, nous dirions que Don’zer était le président ou le directeur. Pour sa chanson Ovengo, l’artiste a mis un peu d’eau dans son vin puisqu’il alterne registre courant et registre familier. Quant à ceux qui disent que le texte est faible, nous pensons qu’ils manquent d’ouverture. Que dire d’un rappeur dont les textes sont monotones ? La vie d’un artiste se fonde sur la créativité. Beaucoup de rappeurs gabonais chantent la même rengaine. A la fin, on finit par s’en lasser et passer à autre chose. Pour son retour sur la scène musicale, il était impératif que Don’zer apporte du nouveau. Cette nouvelle approche est bien loin de Goudronier et Wata qui sont eux-mêmes très différents. Avec Don’zer, on a l’impression d’écouter quelque chose de différent à chaque fois. Ses textes sont multiformes avec un seul point commun : le Toli Bangando dans la Tcham. N’est-ce pas bien ainsi ? Quelles rimes cherchez-vous ?


Beaucoup insistent sur la quantité de mots dans les couplets. Doit-on alors conclure que la qualité du son dépend du nombre de mots dans un couplet ? Êtes-vous sérieux ? Le zèle que confèrent les réseaux sociaux est surprenant !
Il y en a qui disent que les propos de l’artiste n’ont aucun sens. Pourtant, ce sont les mêmes qui ont dansé sur Gangnam Style de Psy sans comprendre un seul mot du chanteur. D’ailleurs, il suffit de leur demander le sens de Gangnam.

L’instrumental
Nous présumons que l’instrumental a été un réel défi pour l’artiste. En effet, il est difficile de trouver un instrumental qui concilie la Tcham et la chanson traditionnelle. Pour ceux qui ont déjà touché à un logiciel de création de son, le défi n’est pas aisé. Or, Don’zer a brillamment remporté ce défi. Nous devons le féliciter. Félicitations au beatmaker qui est sorti de sa zone de confort pour nous produire ce trésor musical ! C’est peut-être aussi l’occasion pour nous de féliciter également le réalisateur de ce clip qui est un véritable chef-d’œuvre.

Rien n’est parfait dans le domaine de l’Art
Il est dit que les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Pourtant, le Beau est universel et ne peut également se discuter. C’est peut-être ici, le grand secret de la Joconde de Léonard de Vinci et La Création d’Adam de Michel-Ange. S’il fallait juger le Canon de Pachelbel, il faudrait avoir un esprit très étroit pour dire qu’il n’est pas beau. Ce qui est beau, est beau ! Ovengo vient de se hisser au sommet. Ovengo est à la Tcham ce que le Canon de Pachelbel est à tous les canons, c’est-à-dire un chef-d’œuvre.


Terminons maintenant. La seule chose que nous regrettons dans cette musique, c’est l’absence du ngombi (la harpe du Gabon). On ne peut pas créer une telle œuvre et omettre le ngombi. Nous attendons un remix avec le ngombi et peut-être aussi un featuring avec Lord Ekomy Ndong. Les musiciens gabonais doivent apprendre à introduire la harpe du Gabon dans leurs chansons. C’est une ressource exploitable. La musique mondiale est en quête de nouveaux paradigmes, de nouveaux rythmes. C’est probablement la raison pour laquelle l’afrobeat devient une curiosité mondiale. Nous avons de beaux instruments encore inexploités.


Ceux qui souhaitaient nous voir comparer la musique de Don’zer et celle de L’Oiseau Rare, nous y reviendrons quand vous nous aurez dit qui est le meilleur entre Mozart et Bach. Vous pourrez tout aussi bien nous dire qui est le meilleur entre 50 Cent, Eminem et Dr. Dre. Bonne chance à vous ! Apprenez à juger ce que vous voyez et non ce que vous espériez.


Quant à Don’zer et L’Oiseau Rare, nous vous conseillons vivement d’éviter des conflits inutiles alimentés par des activistes politiques et d’autres prédateurs paternalistes. Occupez-vous de l’Art, de la musique. Il est clair que certains activistes politiques gabonais ont loué Don’zer avec l’espoir de rabaisser L’Oiseau Rare. Ne cédez pas à ces manipulations. Faites votre musique. Faites avancer le rap gabonais.


