(Rédigé par Arnaud N’zassy)

La capitale provinciale du Moyen-Ogooué a les pieds dans l’eau. Il ne se passe plus trois jours, sans que des pluies diluviennes ne martèlent les toitures d’habitations et troublent le sommeil des populations de Lambaréné. Comme à Libreville, dame nature semble avoir décidé de mettre de nombreuses familles à la porte.

Que l’on soit à Magnang (Ivouang) ou Atsié, le constat demeure le même : des familles ont quitté leurs maisons pour fuir la montée des eaux qui s’intensifie de jour en jour. Selon un ancien de la ville, la crue était périodique, c’est-à-dire tous les 8 ou 10 ans environ. Pourtant, on assiste désormais à une augmentation des eaux qui s’impose avec un écart de 1 an ou 2 ans.


Cette nouvelle périodicité de la crue ne laisse aucun répit aux familles qui doivent dorénavant déménager chaque année. Cela pose de nombreux problèmes.

Il faut par exemple prendre en compte les difficultés des élèves de la commune qui se déplacent tous les matins. Qu’est-ce qui est mis en œuvre pour accompagner ces apprenants ? Quelle est la partition de la mairie face à cette situation ? Au quartier Atsié, la traversée est à 100 FCFA pour les populations. A votre retour, c’est encore 100 FCFA. Pourquoi la mairie de Lambaréné ne prend-elle pas en charge cette traversée en mettant à la disposition des habitants une pirogue gratuite ? N’est-ce pas ainsi que l’on soutient sa population ? Au quartier Magnang (Ivouang), c’est le même son de cloche : 100 FCFA pour traverser. Ici, la mairie est aussi absente : aucune embarcation de la mairie de Lambaréné pour assurer gratuitement la traversée. Quel est donc le sens du vivre-ensemble quand la population est livrée à elle-même ? Une jeune fille, bébé aux bras, se demandait si elle traverserait. Cette dernière n’avait pas 100 FCFA. L’aide de la mairie aurait été bien utile dans ce cas précis.

Les activités commerciales sont également perturbées, comme on peut le voir dans les différents débarcadères et dans les autres lieux où le fleuve a décidé d’étendre son lit. C’est le cas du quartier Isaac où l’on peut voir un motel baigner dans l’eau vaseuse de l’Ogooué. Au débarcadère d’Isaac, des restaurants sont fermés ; les tables de certaines commerçantes sont désertées ; l’espace consacré au séchage du sans-nom est occupé par les eaux. Un moment désagréable pour les jeunes qui menaient à cet endroit de petites activités lucratives.

Nous ne terminerons pas cet article sans parler des bailleurs malhonnêtes qui omettent volontairement de préciser à leurs futurs locataires l’éventualité d’une inondation en cas de forte montée des eaux. Une locataire a indiqué que son bailleur lui avait dit que l’endroit ne s’inondait jamais. Plus tard, la dame apprit par ses voisins que les précédents locataires avaient quitté la maison à cause des inondations. Il était trop tard, car elle avait déjà aménagé. Le bailleur est maintenant injoignable depuis que des poissons nagent dans le salon de son locataire. Il refera certainement surface le 5 du mois prochain (date butoir de paiement du loyer). Ces bailleurs devraient rembourser les biens de leurs locataires détruits par la crue.


Si aucune décision n’est prise pour anticiper les dégâts de la crue, il faudra s’attendre à des conséquences désastreuses dans la ville de la carpe et du sans-nom.