(Rédigé par Arnaud N’zassy)
Accusée depuis quelques jours au Gabon à cause des éboulements et des inondations, Dame pluie a décidé de répondre au micro de N’zassy.
N’zassy : Bonjour, Dame pluie.
Dame pluie : Bonjour, monsieur N’zassy.
N’zassy : J’ose espérer que vous vous portez bien.
Dame pluie : J’avoue que je me porte bien, même si je suis un peu en colère.
N’zassy : Oui. Votre colère, nous allons y arriver. Mais avant cela, j’aimerais savoir pourquoi le verbe pleuvoir ne se conjugue qu’à la troisième personne du singulier, c’est-à-dire << il pleut >>.
Dame pluie : Je ne crois pas que ce soit le sujet du jour.
N’zassy : D’accord. Revenons sur votre travail. Rappelons que votre travail est de nous rendre l’eau que la terre laisse échapper par évaporation.
Dame pluie : C’est cela.
N’zassy : Que penser alors de la polémique qui gonfle au sein de la population gabonaise ! On vous accuse de causer des morts à travers des éboulements… des inondations… que vous arrachez les toitures des gens. Les Gabonais se plaignent.
Dame pluie : Avant d’aller très loin, je tiens d’abord à préciser que ce ne sont pas tous les Gabonais qui se plaignent. Parfois, je n’ai même pas envie de faire tomber l’eau, mais des Gabonais qui ne bénéficient pas des services de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) me demandent de faire tomber l’eau. Il y en a même qui dansent le bwiti avec l’espoir d’avoir quelques gouttes d’eau. Il y a des quartiers de Libreville où l’eau est aussi rare que l’or. C’est une réalité pour toutes les autres villes du Gabon.
N’zassy : N’est-ce pas un peu exagéré ?
Dame pluie : Allez vérifier. C’est plus simple.
N’zassy : J’essaie de comprendre.
Dame pluie : Je fais parfois tomber l’eau en abondance pour cette population qui me supplie chaque jour.
N’zassy : Est-ce que vous pensez aux éboulements ?
Dame pluie : Monsieur N’zassy, je ne fais que mon travail. Je ne travaille pas à l’urbanisme. Ce n’est pas à moi d’urbaniser la ville. Je fais mon travail. Les dirigeants gabonais doivent faire le leur.
N’zassy : Même les villes urbanisées se plaignent parfois de votre comportement. Ce n’est pas nouveau.
Dame pluie : Dans ces pays, le problème est ailleurs. Les gens vont établir des villes aux endroits où mon cousin Cyclone et moi avons l’habitude de nous promener. Est-ce que cela est sensé ? Quand un crocodile entre dans votre maison, est-ce que c’est lui qui est dans votre habitat ou c’est vous qui êtes dans le sien ? Comment réfléchissez-vous ? Et vous vous dites intelligents. Franchement les humains ! En ce moment, vous détruisez la planète en polluant l’atmosphère, ensuite, vous accuserez le soleil. Vous direz que le soleil veut vous brûler et vous asphyxier. Et vous vous croyez plus intelligents que la Nature !
N’zassy : Nous n’allons pas philosopher sur l’intelligence des humains. Nous savons que la bêtise humaine est incommensurable. Nous pourrions revenir sur le cas des Gabonais. Est-ce que vous êtes obligée d’arracher les toitures des Gabonais ?
Dame pluie : Une fois de plus, je dois vous rappeler que je ne suis pas ministre de l’habitat ou architecte. Pourquoi certaines toitures s’envolent-elles et pas d’autres ?
N’zassy : C’est discutable.
Dame pluie : D’accord, mais ce n’est pas à moi de construire des logements aux Gabonais et avec l’argent des Gabonais.
N’zassy : Attention, Dame pluie ! Il faudrait peut-être mesurer vos propos. Je n’ai pas envie de disparaître ou d’être pointé du doigt par les dirigeants de ce pays.
Dame pluie : Cela ne me concerne pas. Vous m’accusez, je me défends.
N’zassy : Oui, mais pas trop quand même. Vous savez que l’on n’aime pas la vérité au Gabon.

Dame pluie : Il faut toujours un bouc émissaire pour justifier la faillite des dirigeants gabonais. Cette fois, c’est moi le bouc. Ai-je déjà géré le budget du Gabon ?
N’zassy : Je veux bien que vous vous défendiez, mais pas trop. Essayez de donner l’impression que vous êtes quand même un peu coupable.
Dame pluie : Monsieur N’zassy, je ne suis pas venue ici pour faire semblant. Puisque c’est ainsi, j’arrête l’interview. N’urbanisez pas les villes du Gabon. Ne construisez pas de logements. Continuez de vous endetter pour zéro résultat. Continuez de m’accuser. C’est dans vos habitudes de fuir vos responsabilités. Ce n’est jamais votre faute.
N’zassy : Attendez, Dame pluie ! Ne partez pas. Je vous présente mes excuses les plus sincères. Vous pouvez parler librement.
Dame pluie : C’est bon. Je m’en vais. Restez avec votre Gabon et vos questions. Ce n’est pas vous qui allez m’empêcher de faire mon travail parce que vous ne faites pas le vôtre.
N’zassy : Merci pour cette interview. Vous n’avez rien dit sur les inondations.
Dame pluie : Monsieur N’zassy, ne me poussez pas à vous manquer de respect, car je pourrais faire tomber de l’eau sur votre maison 40 jours et 40 nuits.
N’zassy : Non ! Merci. A bientôt !
Dame pluie : A jamais !
N’zassy : Merci.


