(Rédigé par Arnaud N’zassy)

Le bruit court dans la ville. Selon les mauvaises langues, le Gabon voudrait acheter l’électricité de la Guinée Équatoriale. Cristino, un Équato-guinéen, donne son avis au micro de N’zassy.

N’zassy : Bonjour Cristino. J’ose espérer que vous vous portez bien.
Cristino : Ça va, je me porte bien.
N’zassy : Je rappelle que vous êtes Équato-guinéen. Vous appartenez à ce beau pays, je veux dire la Guinée Équatoriale.
Cristino : Oui, je confirme.
N’zassy : Alors, nous pouvons aller droit au but. Le bruit court que le Gabon serait prêt à acheter l’électricité de la Guinée Équatoriale. Qu’en pensez-vous ?
Cristino : Oh ! Permettez-moi d’abord d’essuyer mes larmes.
N’zassy : Allez-y.
Cristino : C’est l’émotion.
N’zassy : Je comprends.
Cristino : Oui, monsieur N’zassy. C’est l’émotion. J’ai passé une bonne partie de ma vie au Gabon. Je vous assure que ce n’était pas facile. Eh, mon Dieu ! Le Gabon ! Demander le courant à mon pays, la Guinée Équatoriale ! Non, non, non… monsieur N’zassy, permettez que j’essuie mes larmes.
N’zassy : Allez-y… Est-ce que ce sont des larmes de colère ou de joie ?
Cristino : J’avoue que je ne sais même plus. Le Gabon fait souvent des choses… à la fin, vous restez seulement assis par terre sans savoir si vous devez rire ou pleurer.
N’zassy : On voit que vous connaissez très bien le Gabon.
Cristino : Oui, monsieur N’zassy. Le Gabon est mon pays d’adoption. J’aime ce pays. Mais… si on m’avait dit que le Gabon allait se courber pour demander l’électricité de la Guinée Équatoriale, j’aurais mis ma main au feu pour dire que c’est impossible. Eh ! Mon Dieu ! Quand je pense que j’aurais perdu ma main ?


N’zassy : Nous sommes quand même deux pays frères.
Cristino : C’est vrai, mais il faut aussi avouer que le nom << Équato >> était une injure au Gabon. Quand mon patron voulait m’insulter, il me disait << Équato ! >>
N’zassy : C’est du passé maintenant. Nous sommes des frères. Ce sont les colons qui ont dessiné les frontières.
Cristino : Oui, mais il faut quand même en parler.
N’zassy : Peut-être pas trop. Vous savez que dans mon pays, l’atteinte à la sûreté de l’État est un bon prétexte pour tout. Je n’ai pas envie de terminer ma vie à la prison centrale. Donc, faites tout de même attention à ce que vous dites.
Cristino : Pourtant, je ne fais que révéler la vérité.
N’zassy : C’est juste, mais aucune vérité n’est bonne au Gabon. Pardon, faites quand même attention… Hier, je mangeais un plat de dindon dans un restaurant de la place. Par maladresse, un os de dinde s’est échappé de mon plat et est tombé à côté d’un député gabonais qui passait près de ma table avec son garde du corps. Son garde du corps m’a saisi par le cou en me disant que je venais de commettre un attentat à la dinde. Il m’a signifié que j’avais porté atteinte à l’intégrité physique d’un député de la Nation et qu’à ce titre, je devais être enfermé pour atteinte à la sûreté de l’État.
Cristino : Qu’est-ce qui s’est passé, ensuite ?
N’zassy : J’ai supplié le parlementeur, que dis-je, le parlementaire. J’ai promis de le soutenir à la prochaine élection.
Cristino : Vous allez donc voter pour lui !
N’zassy : Mon frère, quand tu te retrouves dans un piège en forêt, tu seras prêt à demander l’aide de ton rival. Tu lui demanderas ce qu’il faisait avec ta femme quand tu seras sorti du trou. J’ai d’abord sauvé ma peau.
Cristino : Et moi qui pensais que vous étiez un homme honnête.
N’zassy : Bon, revenons à notre affaire d’électricité…
Cristino : Je n’ai plus rien à vous dire. Je ne parle pas aux malhonnêtes.
N’zassy : Dites quand même ce que nous pouvons retenir de cette situation. Les lecteurs veulent savoir. Est-ce qu’on peut par exemple conclure qu’un jour, la France viendra s’agenouiller pour demander les ressources du Gabon avec une larme dans l’œil droit ?
Cristino : Je ne sais pas, mais une chose est certaine : la roue finit toujours par tourner.
N’zassy : Une dernière question. Comment fait-on pour prendre la nationalité de la Guinée Équatoriale ? Je me débrouille plutôt bien en espagnol.
Cristino : Non, monsieur N’zassy. Vous êtes très bien avec la France. Prenez la nationalité française. Continuez avec les mêmes partenariats français. Quant à nous, ce sont les Américains…
N’zassy : Je pense que l’on va finir par se tourner vers les Allemands. Ils sont quand même premiers d’Europe sans vivre aux crochets des anciennes-nouvelles colonies.
Cristino : Ça vous regarde.
N’zassy : Merci pour l’interview.
Cristino : Fichez-moi la paix !
N’zassy : Merci. Vive la France ! Vive le partenariat franco-gabonais ! Vive le couple Veolia-SEEG !
Cristino : Qu’est-ce que vous faites de l’atteinte à la sûreté de l’État ? Trouble à l’ordre public et pourquoi pas incitation à la violence ?
N’zassy : D’accord, je ferme ma bouche.
Cristino : C’est mieux.
N’zassy : Merci. Merci à cette grandeur d’âme de nos frères de la Guinée Équatoriale. Il ne faut pas avoir honte de le dire : le Gabon doit prendre exemple sur la Guinée Équatoriale qui a mobilisé ses ressources pour développer le pays. Il n’y a pas de petits pays. Chaque pays est le résultat d’une volonté politique. Mes encouragements au peuple de la Guinée Équatoriale.