(Rédigé par Arnaud N’zassy)

Dans un message posté sur son compte Facebook, Sean Bridon promet de donner 500.000 $ (environ 335.750.000 FCFA) pour aider les artistes gabonais. Depuis l’annonce de cette promesse, de nombreux artistes sont venus sur la page du jeune producteur pour lui verser des larmes de joie et le louer avec la plus grande ferveur. Si l’idée en soi est bonne, elle révèle néanmoins plusieurs réalités.

Nous commencerons tout d’abord par mettre en avant la nouvelle immunité du patron de la Seany TV après cette annonce qui suscite tant d’espoir ainsi que de nouvelles carrières artistiques improvisées. En effet, depuis cette promesse, il est désormais interdit de remettre en cause tous les faits et gestes de Sean Bridon. Ceux qui le font, se voient décerner les titres de << jaloux >>, << aigri >>, << raté >>, etc. Les internautes fanatiques et dictateurs sont à pied d’œuvre pour cette censure. Ils ont décidé et donné à Sean Bridon une immunité absolue. Il n’est donc plus possible de donner un avis contraire à celui de Sean Bridon. Le groupe de musiciens Kifra-L en a fait les frais pour avoir fait une observation sur l’image qui accompagne ce beau message du jackpot. Le groupe s’est vu décerner tous les noms d’oiseaux de mauvais augure. On s’est juré fermement qu’il n’apparaîtra pas sur la liste des heureux gagnants. L’argent aurait-il rendu Sean Bridon parfait, au point qu’il soit désormais interdit de lui faire un reproche ? C’est du moins ce que l’on croit à la suite de ce déferlement d’injures à l’endroit du groupe Kifra-L. Beaucoup pensent dorénavant qu’insulter Kifra-L, c’est avoir une chance d’intégrer la liste des heureux récipiendaires du magot.

Kifra-L au sujet de Sean Bridon.

Ensuite, il faut prendre en compte la dignité des artistes gabonais. Certains ont commencé à exposer leurs malheurs sur le post du producteur pour s’assurer de bien faire partie de la liste des récipiendaires. Nous ne citerons aucun nom par respect pour ces derniers. Voir des artistes confirmés faire quasiment la manche nous rappelle la politique de paupérisation mise en place au Gabon pour affamer, humilier et assujettir les artistes gabonais. L’absence des droits d’auteur fait partie de cette politique. Sean Bridon devrait pourtant le savoir : donner de l’argent à un artiste ne fera pas forcément de lui un acteur culturel épanoui. Cela peut le réduire à l’obéissance, à la reconnaissance, à l’aliénation vis-à-vis de son donateur. Ce sont les méthodes utilisées par les politiciens du pays.

Enfin, soulignons qu’apprendre quelqu’un à pêcher est sans aucun doute la meilleure façon de l’aider. Apporter son soutien financier aux artistes gabonais est une bonne chose. Personne ne dirait le contraire. Cependant, s’il n’y a aucun projet culturel viable derrière, c’est peine perdue. Il faut avouer que tout le système culturel gabonais est grippé : absence des droits d’auteur ; gestion mafieuse des prestations publiques (ce qui a poussé certains artistes gabonais à fermer un certain portail) ; aucune salle de spectacle digne de ce nom dans le pays ; absence d’autonomie dans l’univers artistique du Gabon (on y trouve des producteurs et des promoteurs de spectacles qui font la pluie et le beau temps de telle enseigne qu’il faut carrément leur faire la cour pour espérer gagner une place sur un podium) ; aucune véritable maison de disques ; aucun véritable prix artistique ; sans compter la politisation infâme des artistes et leur art… Tous ces éléments constituent les points faibles du système culturel gabonais complètement malade. Voici des points qui méritent une réflexion et un investissement sérieux.

Il est vrai que l’argent confère un certain pouvoir. Il faut savoir le donner, notamment sans froisser la dignité de son prochain. N’oublions pas cette célèbre réplique que tous les inconditionnels des Studios Marvel connaissent : << Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. >>

<< Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. >>

Quant à l’image commentée par Kifra-L, nous dirons qu’elle est, en effet, sujette à discussion et porte à confusion. Pour nous, il s’agit d’une grosse erreur de communication. Kifra-L a eu raison d’interpeller Sean Bridon, même si cela lui coûte sa part du gâteau.

Bonne chance à la Seany TV ! Félicitations aux futurs bénéficiaires de ce projet de financement !