(Rédigé par Arnaud N’zassy)
Jeff Bezos est arrivé au Gabon. La planète, que dis-je, la galaxie entière était au courant. Les médias de la planète Mars et Neptune ont rivalisé en articles de presse. Il n’y a plus d’encre dans les imprimeries de la presse locale : le sujet était croustillant. Le patron d’Amazon en pays Bantu. Quel exploit ! Le Christ n’aurait pas fait mieux.
A la suite de tout ce tapage médiatique que nous savons bien mener dans notre pays, monsieur Jeff Bezos, dans un excès de joie et de gratitude, aurait laissé tomber de sa poche quelques milliards de FCFA. Bravo ! Les Gabonais sont heureux pour ce geste. Sur la planète Neptune, on s’est réjoui allègrement de la visite de ce grand homme qui a brisé la monotonie du quotidien gabonais.
Tout le monde était content, sauf moi. Pourquoi ?
Les Gabonais ne sont pas des mendiants. C’est le même scénario à chaque fois : on reçoit x et y qui nous donnent un peu d’argent que nous bouffons avec joie et à la fin, il ne reste aucun souvenir de cet argent et aucun souvenir du passage de x et y.
Je ne comprends pas le geste du patron d’Amazon (l’un des plus grands marchés numériques au monde). Il se rend au Gabon. Pour nous remercier de ce chaleureux accueil, Jeff Bezos n’ouvre aucun réseau logistique d’Amazon au Gabon, aucun entrepôt, aucun nom de domaine (par exemple Amazon.ga), mais nous laisse des milliards de FCFA qui seront peut-être terminés avant la fin de la semaine.
Rappelons que le Gabon n’est pas un pays éligible pour Amazon. En résumé, les Gabonais n’ont pas l’autorisation d’accéder à ce grand marché numérique d’Amazon. Ils ne peuvent donc pas effectuer des achats ou vendre sur ce gigantesque marché et être directement livrés par Amazon au Gabon. Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien, le jour où vous voudrez acheter un livre sur Amazon, il faudra donner l’adresse d’un pays éligible comme la France ou l’Espagne et être livré dans ces pays. Ensuite, vous vous débrouillez pour faire venir ce livre au Gabon. Pitié de nos étudiants, de nos chercheurs et des lecteurs gabonais. Je prends simplement l’achat d’un livre comme exemple. Voici la gymnastique à laquelle les Gabonais se livrent, alors que d’autres pays sont directement livrés par Amazon.
S’il avait vraiment voulu nous aider à court et long terme, le patron d’Amazon aurait dû nous donner accès à ce grand marché. Les revenus générés par les taxes liées aux différentes transactions de ce marché auraient pu être reversés à la protection de la forêt. Cette aide aurait permis au Gabon d’avoir des revenus permanents qui permettent de protéger la nature. Au lieu de cela, monsieur Jeff Bezos nous laisse des milliards de FCFA que nous allons bouffer en une semaine. Ensuite, plus rien, plus de milliards, plus de Jeff Bezos, plus de protection de la forêt, en somme, plus rien. Monsieur Jeff Bezos aurait-il fait la même chose dans un pays occidental ?

Nous vous remercions pour vos milliards de FCFA, mais nous aurions préféré un entrepôt, un nom de domaine Amazon et la possibilité de se faire directement livrer au Gabon. Cher Milliardaire, imaginez ce que cela pourrait apporter à l’économie gabonaise. Imaginez ce que cela pourrait apporter à la jeunesse, aux entrepreneurs gabonais, aux artistes… La possibilité pour un peintre gabonais de vendre son tableau depuis Libreville et de faire livrer la commande par Amazon Gabon.
Malheureusement, ce n’est pas le choix que vous avez fait.
Si vous souhaitez réellement aider la forêt de notre pays, nous vous prions d’ouvrir Amazon Gabon. Nous n’avions pas besoin de vos milliards. Nous avons surtout besoin d’un nom de domaine Amazon, d’un entrepôt à Libreville et la possibilité de faire du commerce en ligne.
Un véritable ami ne nous apprend-il pas à pêcher ? Celui qui se contente de nous offrir les fruits de sa pêche ne le fera pas éternellement. Demain, on nous annoncera peut-être la venue au Gabon du patron de Boeing. On nous dira qu’il a laissé des milliards de FCFA pour sauver les baleines du Gabon, alors que le pays n’a plus d’aviation depuis la mort d’Air Gabon. Est-ce logique ? Je m’interroge seulement.


