(Rédigé par Arnaud N’zassy)
L’hymne national du Gabon est une perle poétique de Georges Damas Aleka. Il s’agit d’un véritable torrent de beauté et de lumière. La Concorde, qui porte bien son nom, aurait dû apporter la paix qui résulte de la bonne entente. Toutes les promesses de la patrie auraient pu se résumer dans cette beauté rythmique, cette grande idée de l’union, un mot cher à tous les citoyens gabonais épris de paix. Que devient cette belle promesse ? Ne l’avons-nous pas trahie ?
L’hymne national du Gabon par Georges Damas Aleka.
La Concorde
Refrain:
Uni dans la Concorde et la fraternité
Éveille-toi Gabon, une aurore se lève,
Encourage l’ardeur qui vibre et nous soulève !
C’est enfin notre essor vers la félicité.
C’est enfin notre essor vers la félicité.
Éblouissant et fier, le jour sublime monte
Pourchassant à jamais l’injustice et la honte.
Qu’il monte, monte encore et calme nos alarmes,
Qu’il prône la vertu et repousse les armes.
Refrain
Oui que le temps heureux rêvé par nos ancêtres
Arrive enfin chez nous, réjouisse les êtres,
Et chasse les sorciers, ces perfides trompeurs.
Qui sèment le poison et répandent la peur.
Refrain
Afin qu’aux yeux du monde et des nations amies
Le Gabon immortel reste digne d’envie,
Oublions nos querelles, ensemble bâtissons
L’édifice nouveau auquel tous nous rêvons.
Refrain
Des bords de l’Océan au cœur de la forêt,
Demeurons vigilants, sans faiblesse et sans haine !
Autour de ce drapeau, qui vers l’honneur nous mène,
Saluons la Patrie et chantons sans arrêt.
Refrain

Comme un père qui veut voir son fils grandir, le poète a souhaité que « le temps heureux rêvé par nos ancêtres, arrive enfin chez nous » et que « le Gabon immortel reste digne d’envie ». Ce rêve, beaucoup de Gabonais le portent dans leur âme. Un rêve, « l’ardeur » nécessaire pour se lever le matin, prendre le chemin du travail – pour ceux qui en ont – et gagner leur pitance. Tous les Gabonais auraient dû vivre ce rêve et croquer la vie en pleines dents. Malheureusement, c’est la grande désillusion.
Oui. Le « jour sublime » est monté, mais n’a pas pourchassé « l’injustice et la honte ». Cette injustice qui accable la société gabonaise. Comment comprendre les écarts de vie entre les neuf provinces du Gabon après 60 ans « d’Indépendance » ?
Où est passé « le temps heureux rêvé par nos ancêtres » ?
Qui sont « les sorciers » de notre hymne national ?
Le Gabon n’a pas bougé malgré ses énormes richesses. Mieux, le Gabonais est devenu un mendiant dans son propre pays. Pour avoir une carte nationale d’identité, le Gabonais doit faire le pied de grue. Il ne lui reste plus qu’à supplier pour rentrer en possession de la carte à laquelle il a normalement droit. Beaucoup de Gabonais circulent avec des récépissés durant un an (ce bout de papier que l’on vous remet avant la sortie définitive de la carte et qui n’est valable que 3 mois). On vous dit que la carte n’est pas encore sortie. Cela fait un an que vous circulez avec ce reçu, ce récépissé qui se transforme peu à peu en chiffon parce qu’un État comme le Gabon est désormais incapable de délivrer des cartes nationales à ses citoyens dans un délai raisonnable de 3 mois.
Où sont « les sorciers » dont parle notre Concorde ?
Nous sommes là, regardant les femmes assises par terre, dans nos hôpitaux qui n’offrent pas de place suffisante pour permettre à nos mères d’accoucher, de donner la vie dans la dignité… Parqués comme du bétail, les bébés, l’avenir de la nation gabonaise est posé à même le sol ici et là, portés par des mères en larmes qui voient le plus beau jour de leur vie transformé en enfer. Mettre au monde une âme, donner la vie est un jour extraordinairement beau.
Est-ce bien cet « essor vers la félicité » que nous chantons ?
De quelle « félicité » parle-t-on ?
Après soixante ans « d’Indépendance » (selon les sources officielles) le Gabon continue d’être dépendant de tous les pays. Pourtant, le vœu de la Concorde est clair : « Afin qu’aux yeux du monde et des nations amies, le Gabon immortel reste digne d’envie. » Loin d’envier le Gabon, les nations amies se moquent de ce pays qui a toutes les richesses de la terre et qui est incapable de se prendre en charge. N’ont-ils pas raison ? Le manioc que nous consommons en quantité provient « des nations amies ». Peut-on vraiment envier un pays que l’on nourrit ? La banane pousse et pourrit dans les plantations de nos mamans de Tchibanga. La raison… pas de route pour acheminer leur produit sur les grands marchés. Aucune aide ne leur est apportée pour acheminer leurs produits sur Libreville et Port-Gentil par exemple. On préfère valoriser la banane qui provient « des nations amies ». Comment considérer cela ? N’est-ce pas le fruit de la « haine » dont nous parle la Concorde ?
Comment en est-on arrivé là ?
Le Gabon sera-t-il un jour « digne d’envie » ?
Aucune université digne de ce nom. Les parents qui auraient dû garder leurs revenus et profiter d’une belle retraite sont obligés de dépenser une fortune pour envoyer leurs enfants étudier à l’étranger, sur la terre « des nations amies ». Les destinations sont nombreuses. Peut-on vraiment envier un pays qui a fermé le campus de sa plus grande université et qui est incapable de construire de grandes universités dans toutes les capitales provinciales ? Peut-on envier un pays qui n’a pas de monnaie en 2021 ? Peut-on envier un pays qui utilise une monnaie collective fabriquée sur un autre continent ?
Je pleure.
Je pleure pour nos enfants
Qui vivront comme les plus miséreux d’Afrique
Alors que le pays regorge d’énormes richesses.
Je pleure pour nos enfants qui vont rembourser
Les dettes contractées par le pays
Alors que rien n’a bougé.
Le Gabon est endetté.
Où sont les universités ?
Où sont les écoles,
Les collèges et les lycées ?
Où sont les hôpitaux ?
Où sont les récoltes
De l’autosuffisance alimentaire ?
Où sont les routes ?
Où sont les bibliothèques ?
Où est passé l’argent emprunté ?
Où sont les industries ?
Où sont les logements ?
Où est passée notre dignité ?
Où est « le temps heureux rêvé par nos ancêtres » ?
Où est la « fraternité » ?
D’une province à l’autre, la misère peut se lire. Même à Libreville, on mange parfois une fois par jour. La misère, comme le compost aurait dû s’élever jusqu’aux narines de nos dirigeants… Mais ces derniers demeurent insensibles… Ils accusent le peuple.
Comment être sensible ?
Comment être sensible
Quand on se nourrit aux frais de l’État ?
Comment être sensible
Quand on est logé aux frais de l’État ?
Comment être sensible
Quand on est transporté aux frais de l’État ?
Comment être sensible
Quand on passe ses vacances aux frais de l’État ?
Comment être sensible
Quand ses enfants étudient à l’étranger aux frais de l’État ?
Comment être sensible
Quand on a perdu toute humanité ?
Comment être sensible
Quand on n’aime pas le Gabon ?
Comment être sensible ?
Un petit pays avec un effectif pléthorique de ministres, de députés, de sénateurs, de conseillers… tous, à la charge de l’État, c’est-à-dire à la charge de ce peuple qui souffre. Cependant, on se demande où va l’argent du pays. Quand ce peuple demande une petite augmentation de salaire, cet effectif pléthorique se lève et crie au scandale.
Au Gabon,
Quand on a le ventre plein,
On trouve scandaleux
De voir les enseignants demander
Une augmentation de salaire.
Quand on a le ventre plein,
On trouve scandaleux
De voir les infirmières demander
Une augmentation de salaire.
Oui. C’est scandaleux pour ceux qui vivent aux frais de l’État de voir toutes ces requêtes. Le peuple souffre-t-il vraiment ? Ils pensent que « non ». D’ailleurs, pourquoi pas envoyer deux camions de bérets rouges à ce peuple qui fait semblant d’avoir faim…
On a dit : « Gabon d’abord », pourtant…
Le Gabonais est devenu un étranger sur la terre de ses ancêtres. Qui nous a maudits jusqu’à ce point ?
Je veux être fier de ce pays.
Je veux être fier du Gabon.
Je veux être fier de mon pays.
Mais…
Quand je vois des classes pléthoriques,
Quand je vois des bébés à même le sol,
Quand je vois le train de vie des dirigeants,
Quand je vois la misère dans les quartiers
Et les richesses du sous-sol gabonais,
Quand je vois des talents mourir
Dans le silence de l’indifférence,
Quand je vois des retraités hurler
Sous le soleil de midi pour être payés,
Je n’ai pas de raison de me réjouir.
Je n’ai pas de raison d’être fier.
Loin d’être fier,
Je me sens coupable.
Coupable de ne rien dire.
Coupable de ne rien faire.
La Concorde est un rêve. La Concorde est un idéal de vie. Rien n’est plus grand que la « fraternité ». Aucun homme sensé ne peut se réjouir de la misère de son frère. Que les dirigeants de ce pays méditent sérieusement les paroles de notre hymne national. N’avons-nous pas trahi La Concorde ?
Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Le pays a les ressources matérielles et humaines. Que nos dirigeants prennent leurs responsabilités.
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