(Rédigé par Arnaud N’zassy)
Devenus un réel business au Gabon, les cours particuliers chez les écoliers et les élèves sont de plus en plus à la mode. Il faut croire que le niveau des enfants a considérablement baissé au Gabon : les enseignants s’en plaignent ; les parents ne savent plus à quel saint se vouer. Chacun essaie à sa manière de sauver l’apprenant qui se noie dans ses lacunes et tente de regagner la rive de la connaissance.
Face à ce désarroi, les cours particuliers deviennent la solution incontournable pour les parents et les enseignants. Comme dans tous les phénomènes à la mode, ces cours revêtent bien de revers. En effet, nombreux sont les charlatans scolaires qui ont flairé le bon filon : ils proposent des cours particuliers qui n’apportent rien de bon ou ne permettent pas à l’apprenant de sortir de son ignorance. Bien au contraire, il est maintenu dans celle-ci pour permettre la perpétuation – d’année en année – de ces fameux cours.
Comment combler les lacunes d’un élève de 5e qui vous assure un revenu permanent et qui peut vous l’assurer jusqu’en classe de terminale ? Les charlatans scolaires ont trouvé la stratégie : maintenir cet élève sous perfusion jusqu’en terminale. Si cette victime paie à son bourreau 50.000 FCFA par mois (en considérant qu’il paie 9 mois sur 12), il dépensera une belle somme rondelette de 450.000 FCFA par an. Comme ce dindon se fera plumer jusqu’en terminale, il dépensera au total 2.700.000 FCFA. Une belle arnaque en bonne et due forme qui ne laisse aucune trace auprès des parents naïfs. Qui alimente cette fourberie ? Les parents eux-mêmes. Pourquoi ? Les causes sont multiples.
Beaucoup de parents voient le redoublement de leurs enfants comme un échec définitif. Combien de parents acceptent encore de voir leurs enfants redoubler une classe ? Ils ne sont plus très nombreux. C’est pour cette raison qu’ils ont recours aux enseignants. La mission est simple : soutenir les enfants à travers des cours particuliers et assurer le passage de ces derniers en classe supérieure. Ce que certains charlatans scolaires savent très bien faire en jouant avec les notes des élèves en classe, en touchant aux relevés de notes des collègues, en se procurant les futurs devoirs des collègues ou en offrant un petit pourboire à l’informaticien qui ne commettra que des erreurs en faveur de l’élève. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il va mouiller le maillot pour booster le passage de l’apprenant.
Les conséquences de ce comportement sont claires : beaucoup d’enfants se retrouvent en classe supérieure sans niveau. Le même charlatan scolaire est souvent le premier à monter au créneau pour dire que le niveau scolaire baisse et que l’établissement recrute de mauvais élèves. Il en profite au passage pour invectiver le chef d’établissement qui tente de lui mettre les bâtons dans les roues quand ce dernier ne prend pas part à l’arnaque. Il s’arrange à le faire muter quand il le peut, car le charlatan scolaire a parfois le bras long.
Lorsque l’élève finit quand même par redoubler malgré les supercheries de notre charlatan scolaire, les parents retirent le dossier de l’enfant auprès de l’administration. Ils se dirigent vers un établissement privé qui inscrit l’enfant sans niveau en classe supérieure. Le statut de cet élève est d’abord celui d’un client. Or, le client est roi. Son passage en classe supérieure est donc garanti par les frais de scolarité régulièrement payés. Souvenons-nous de cet enfant qui a redoublé la classe de 5e. Il est désormais inscrit en classe de 4e dans un établissement privé qui garantit sa réussite. Avec son précieux bulletin de 4e qui mentionne son passage en 3e, notre cher enfant est retiré du collège privé par les mêmes parents pour une direction connue : le collège public où les parents trouvent le moyen de l’inscrire en classe de 3e (parfois dans le même établissement où l’élève avait redoublé la 5e). Quel est le réel niveau de cet élève ? La 4e ou la 5e ?
Le charlatan scolaire n’est jamais loin dans cette affaire. Il connait très bien l’appréhension des parents pour le redoublement et promet de transformer l’apprenant en génie. Ce collégien obtiendra le BEPC et le baccalauréat. Le charlatan scolaire y veillera personnellement, car il a parfois le bras très long et il vaut mieux éviter de s’opposer à lui (les numéros privés de tous les barons politiques du coin occupent la mémoire de son téléphone). Que devient l’enfant dans ce business ? Quel sera son sort après le baccalauréat ?
Lorsque j’étais en première année de lettres, j’ai été sollicité par une famille qui demandait des cours de français pour leur fille qui éprouvait des difficultés à lire et écrire. Mes objectifs étaient clairs : l’enfant devait apprendre à écrire lisiblement et à lire couramment. Il fallait que ces objectifs soient atteints avant la rentrée scolaire. Nous avons commencé nos cours particuliers (encore appelés cours de soutien ou cours de rattrapage). Au bout d’un mois et demi, j’ai décidé d’arrêter les séances : mes objectifs étaient atteints et les parents étaient satisfaits. Ma décision d’arrêter les cours ne les enchantait guère. Ils souhaitaient que je poursuive ces cours pendant l’année scolaire. Un souhait que j’ai respectueusement refusé puisque l’enfant n’avait plus besoin de moi. Ils ne comprenaient pas pourquoi je refusais cette manne qui pouvait tomber chaque mois. Ce qu’ils ne comprenaient pas, c’était qu’un cours de soutien doit apprendre l’autonomie à l’élève.
Qu’est-ce que j’entends par autonomie ? C’est cette possibilité pour l’enfant d’apprendre seul. Un professeur qui donne des cours particuliers est comme une béquille que l’élève utilise jusqu’à ce qu’il marche seul, sans soutien. Or, certains enseignants s’arrangent pour être des béquilles éternelles afin de se remplir les poches. Ils vont jusqu’à donner à ces élèves les futurs devoirs de classe qu’ils prennent soin de corriger avec l’enfant à la maison. L’apprenant qui revoit cet exercice au devoir sur table s’en sort avec brio. Il obtient parfois la meilleure note à la grande satisfaction des parents naïfs. Ces professeurs sont des sangsues qui profitent des parents et des enfants dont ils ont la charge. Ces sangsues sont très souvent constituées des instituteurs et des professeurs qui tiennent leurs propres élèves en cours particuliers.

Pour ma part, il n’est pas mauvais de voir un enseignant tenir son élève en cours particuliers. Toutefois, il doit se montrer honnête. Or, il est très difficile de compter sur l’honnêteté quand il est question d’argent. Non seulement on s’arrange pour que l’enfant qui avait 2/20 passe à 18/20, mais on assure également son passage en classe supérieure (seule préoccupation de nombreux parents).
La sangsue, c’est encore ce professeur ou cet instituteur qui s’arrange pour distribuer des notes minables en classe avec l’espoir que les parents d’élèves sollicitent son aide. Certains enseignants indélicats excellent dans cette pratique. Beaucoup de parents tombent malheureusement dans ce piège.
Quand vous prenez un professeur pour les cours particuliers de vos enfants, assurez-vous que les objectifs définis dès le départ soient atteints. Quand votre enfant ne comprend pas les mathématiques, prenez un professeur avec pour objectif de faire comprendre à votre enfant cette discipline. Si votre enfant continue d’avoir besoin de ce professeur de mathématiques de la 6e en terminale, sachez que vous êtes le dindon de la farce. Lorsque votre enfant obtiendra le baccalauréat, allez-vous aussi lui prendre un professeur pour chaque spécialité qu’il rencontrera en faculté de médecine par exemple ? Irez-vous suivre ses études universitaires au Japon ou aux États-Unis ?
Il y a des cas où un élève peut avoir besoin d’un soutien scolaire permanent. Il s’agit d’élèves un peu particuliers. Dans certains pays, des classes et des professeurs sont affectés à ces apprenants. Ces derniers doivent être suivis tout au long de leur cursus scolaire. C’est le cas des enfants qui vivent dans des conditions difficiles et dont la première préoccupation n’est pas l’étude. Il s’agit aussi d’enfants complètement découragés par le système éducatif ou qui s’adonnent à des stupéfiants. D’autres ont accusé un retard considérable. Il faut les aider à rattraper ce retard. Cela peut prendre des années. D’autres cas existent en plus de ceux-là. Pour tous ces cas, la présence permanente du professeur en cours particuliers joue un rôle important. Ce dernier peut alors suivre un élève pendant plusieurs années, car les objectifs sont différents. Ici, il est surtout question d’aider l’apprenant à terminer son cursus scolaire.
Un cours particulier est bien utile à certains égards. L’enseignant doit aider l’élève à se découvrir, à donner le meilleur de lui-même. Il doit aider l’élève à comprendre les raisons pour lesquelles il rencontre des difficultés. Il doit aider l’élève à surmonter ses difficultés pour que ce dernier s’en sorte désormais sans lui. L’argent des parents ne doit pas être un leitmotiv, mais la détermination de son élève à appliquer ses conseils et réussir. Il est d’ailleurs préférable d’abandonner un élève qui ne veut pas suivre les recommandations de son professeur particulier (surtout si ce comportement est encouragé par les parents qui attendent pourtant des résultats).
Il est vrai que nous rencontrons une pléiade de dérives en matière de cours particuliers, cependant, il ne faut pas croire que tous les enseignants qui donnent ces cours sont des charlatans scolaires. Nombreux sont d’ailleurs très professionnels. Malheureusement, ces professeurs deviennent des spécimens rares.
Que faut-il retenir ? Aussi longtemps que les parents craindront le redoublement, ils feront le bonheur des charlatans scolaires qui ont de beaux jours devant eux.
Copyright © N’zassy. 2021. Tous droits réservés !



Je suis d’avis avec cette pensée. En effet, les cours de soutien sont censés emmener l’apprenant non seulement à combler les lacunes mais en plus à être autonome pour ne pas dire autodidacte. Je dispense les cours de soutien depuis plus de 14 ans, et j’ai vu certain parents confier leurs enfants au professeur de mathématique espérant voir ces derniers avoir la moyenne. Le prof pour ne pas perdre de l’argent, donnait la moyenne.
C’est une pratique qui existe depuis. Moi même, j’ai été victime en classe de seconde S.
J’ai du renoncer aux études scientifiques car l’enseignant corsait les cours pour encourager les cours de soutien. En classe,il expliquait mal, en cours de soutien il se déployer et remettait les épreuves aux élèves. Cet enseignant exercice encore. Je vous encourage à écrire tout un livre sur le sujet. Il est capital. Le niveau baisse considérablement et les parents doivent prendre leurs responsabilités.
Monsieur, je vous prie d’excuser si il ya des coquilles dans ce commentaire. Il est 4h à l’heure où je réponds à cet article que je juge pertinent.
Le problème de cours de soutien est mondialement reconnu. Alors la seule solution c’est de former les enseignants et de les employer dans les écoles. Il faudrait que chaque Etat prenne conscience de la baisse de niveau des apprenants en renforçant le système éducatif par une formation initiale des enseignants du premier degré et du second degré voir supérieur. La base ici est l’enseignement primaire dont les enseignants sont recrutés dans les écoles sans une formation au paravent,ils se forment sur l’état ignorant les règles et textes qui régissent le métier d’enseignant. Par conséquent je propose aussi que l’état construise des écoles partout dans chaque pays et ouvre les portes des écoles normales pour une formation rigoureuse des acteurs de l’éducation. Si nous nous aimons nos enfants et nos chers pays, chers africains je nous invite à mieux réfléchir pour léguer avenir meilleur à nos descendants. C’est en ces mots je laisse choir ma parole.