(Rédigé par Arnaud N’zassy)

Bientôt les nominations à l’Éducation nationale ! Au Gabon, on assiste au bal des nominations dans le monde de l’éducation à chaque début d’année scolaire. Certains enseignants attendent désespérément de voir leur nom figurer dans la liste des nominations. Tout le monde attend : proviseurs, censeurs et intendants prient le bon Dieu pour garder ou espérer un poste. C’est parfois aussi le moment de vérifier que notre nganga a bien travaillé. De toutes ces nominations, celle de censeur pédagogique est sans aucun doute la plus sensible.

Le rôle du censeur pédagogique est capital. C’est le censeur pédagogique qui veille sur l’exécution correcte des cours et des programmes. Or, c’est d’abord pour cette raison que tous les acteurs des lycées et des collèges sont présents dans les établissements. Ce n’est donc pas un poste qu’il faut donner à n’importe quel enseignant. Malheureusement, on note la présence de censeurs pédagogiques incompétents qui contribuent à tuer la santé de nombreux collègues enseignants chargés de cours.

Chaque année, le travail du censeur pédagogique commence avec la conception des emplois du temps. Or, c’est précisément à ce niveau que bon nombre de censeurs pédagogiques se montrent incompétents. En effet, ils conçoivent trop souvent ces emplois du temps sans tenir compte des particularités de chaque discipline. Comment peut-on donner à un enseignant de mathématiques cinq niveaux ? Comment peut-on donner à un enseignant de français quatre niveaux ? Il faut tout d’abord faire la différence entre le nombre de classes et le nombre de niveaux. Un enseignant peut tenir quatre classes et un niveau. On peut ainsi lui attribuer quatre classes de 6e toute l’année. Il a donc un niveau (le niveau 6e) et quatre (4) classes. S’il a par exemple une classe de 6e et trois classes de 5e, cela lui fait deux niveaux (le niveau 6e et le niveau 5e) et quatre classes (6eA, 5eA, 5eB et 5eC par exemple). Nous connaissons la différence qu’il y a entre le niveau des classes et le nombre de classes. Pourtant, de nombreux enseignants se retrouvent en début d’année scolaire avec un nombre inadmissible de niveaux comme si tout était fait pour nuire à leur santé.

En français, le nombre de rubriques ne permet pas de dépasser deux niveaux. Comment comprendre qu’un enseignant de français puisse tenir la même année une 5e, une 4e, une 3e et une 1re (donc quatre niveaux) ? Avec les rubriques en français, cet enseignant qui a quatre classes et quatre niveaux va devoir préparer une quinzaine de cours par semaine. Dans quelle pédagogie a-t-on vu cela ? Comment des personnes chargées de la pédagogie dans un lycée ou un collège peuvent-elles permettre une telle torture ? Quel but recherche-t-on ? Quelle efficacité peut-on espérer dans cette forme de transmission du savoir ? À quel moment l’enseignant corrigera-t-il ses copies s’il doit préparer une quinzaine de cours par semaine ? À quel moment concevra-t-il ses évaluations ? Dans quel chapitre de la pédagogie a-t-on vu une telle ignominie ? Cet emploi du temps à quatre niveaux en français est quand même signé par le censeur pédagogique qui semble ne rien comprendre à la pédagogie. Un censeur pédagogique doit prendre le temps de se renseigner sur les spécificités de chaque discipline, doit prendre le temps de consulter les conseillers pédagogiques et les inspecteurs de l’Institut Pédagogique National pour chaque discipline.

Malgré les cris des chargés de cours qui rappellent que ce genre d’emploi du temps tue la santé des collègues et les pratiques pédagogiques saines, beaucoup de censeurs pédagogiques restent insensibles. Certains proclament : « Je ne peux pas reprendre tous les emplois du temps à cause de deux ou trois enseignants. Les autres ont déjà commencé les cours. Vous êtes les seuls à vous plaindre. Si vous ne voulez pas travailler, je fais mon rapport au ministère, c’est tout ! » Au lieu de se remettre en cause et refaire les emplois du temps, certains censeurs pédagogiques prennent le ton de la menace pour intimider les chargés de cours et cacher leur incompétence (une forme de terrorisme pédagogique). Ils savent qu’ils peuvent compter sur leur mentor (l’origine de la nomination) pour se venger des chargés de cours prétendument récalcitrants.

Nombreux sont les enseignants qui tombent malades à cause des emplois du temps mal conçus. Un enseignant de français qui avait tenu quatre niveaux se retrouvait avec des maux de tête interminables et une fatigue permanente. Ce qui aurait dû être un beau métier passionnant a été transformé en enfer par l’emploi du temps. Chaque année, c’est le même scénario : on sacrifie la santé des enseignants alors qu’un simple réaménagement d’emploi du temps peut régler le problème. Dans un élan d’efficacité ou de paresse – à vous de voir – certains censeurs pédagogiques confient la conception des emplois du temps à d’autres chargés de cours qui ne connaissent pas les caractéristiques de toutes les disciplines. À l’issue de leur travail, les emplois du temps sont remis aux censeurs pédagogiques qui se contentent de les valider au lieu de veiller à la conformité pédagogique de cet outil qui servira une année académique. Ils signent cet emploi du temps où un professeur de français a quatre niveaux, un emploi du temps où un professeur d’histoire-géographie a cinq niveaux. Ils remettent fièrement ces emplois du temps aux intéressés. Quand ces derniers se plaignent et demandent un autre emploi du temps, beaucoup de censeurs pédagogiques se cabrent comme des cobras et estiment que les collaborateurs en veulent à leur précieuse nomination, voire que ces derniers sont jaloux et veulent saboter le travail du censorat pédagogique.

Nous allons bientôt célébrer les nouvelles nominations. Espérons que notre système éducatif promeuve des enseignants compétents qui savent manager le personnel enseignant. Gérer les hommes, c’est être prévoyant. Un enseignant malade est une lourde perte pour notre système éducatif qui a tant besoin d’enseignants. Ne faisons plus la promotion des censeurs pédagogiques irresponsables qui mettent à mal la santé de leurs collègues, qui mettent à mal la santé du système éducatif gabonais.

Nous allons bientôt célébrer les nouvelles nominations. Il y a des censeurs pédagogiques qui font consciencieusement leur travail. À ceux-là, nous disons félicitations et bon courage !

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