(Rédigé par Arnaud N’zassy)
Le manque d’enseignants s’est fortement enraciné dans les habitudes du système éducatif gabonais. Nous pouvons même dire que le problème est devenu banal, voire inexistant pour les responsables en charge de l’éducation. Comme un cancer qui s’installe paisiblement face à la résignation du malade, le manque d’enseignants n’étonne plus personne. Tous les acteurs de l’éducation semblent désormais s’en accommoder. Le phénomène est devenu normal, pourtant, les conséquences demeurent désastreuses.
Il n’est plus rare de constater le manque d’enseignants dans beaucoup d’établissements scolaires du Gabon. Dans certaines classes, les élèves passent toute l’année sans professeur d’anglais ou de mathématiques. Dans d’autres, on sacrifie tout un niveau (en décidant par exemple que toutes les cinquièmes ne suivront pas le cours d’anglais) parce que les professeurs d’anglais ne sont pas en nombre suffisant dans le lycée. Les classes d’examen sont souvent prioritaires dans la répartition des enseignants. Ces absences ont des conséquences dévastatrices sur l’instruction de nos enfants.
La première conséquence est sans doute la baisse du niveau scolaire. Que peut-on attendre d’un élève qui n’a pas eu d’enseignant de mathématiques en 5e, n’a pas eu d’enseignant d’anglais en 4e, n’a pas eu d’enseignant d’espagnol en 3e, n’a pas d’enseignant d’histoire-géographie en seconde, n’a jamais vu le visage du professeur de philosophie en première et qui n’a jamais rencontré de professeur d’art plastique de la 6e en terminale ? Que peut-on espérer d’un tel élève ? A-t-on le droit de lui refuser la bourse alors qu’il s’est battu contre vents et marées pour obtenir son baccalauréat ? Avons-nous le droit d’exiger qu’un tel élève ait une moyenne de 12/20 au baccalauréat pour obtenir la bourse ? Cet élève n’est-il pas une victime de ce système éducatif géré par ceux qui lui refusent la bourse ?
La deuxième conséquence est la démotivation des apprenants. En effet, certains élèves finissent par abandonner une discipline qu’ils aimaient à cause du manque d’enseignants. Un élève nous disait qu’il aimait l’anglais en classe de 6e. Après deux ans sans professeur dans cette discipline en 5e et en 4e, il a fini par la trouver difficile. L’apprenant avait finalement été dégoûté par la discipline qu’il avait tant aimée. Qui est responsable de ce découragement ? C’est le système éducatif gabonais qui reste une maison en chantier dans laquelle nous sommes bien obligés de dormir faute de mieux. Est-ce que ce préjudice est pris en compte avant de refuser à ce futur bachelier une bourse pour ses études universitaires ?
La troisième conséquence – non pas la moindre – est le sentiment d’injustice qui naît du manque d’enseignants dans bon nombre d’établissements publics. Nous sommes apparemment face à un système éducatif à deux vitesses : certains établissements publics semblent être bien dotés en enseignant tandis que d’autres semblent rencontrer tous les maux de la planète. Beaucoup d’élèves ont donc le sentiment d’être des laissés-pour-compte. Il n’est d’ailleurs pas rare d’écouter des phrases qui traduisent ce sentiment d’injustice : « Ils font ça parce que leurs enfants apprennent à l’étranger. » Une phrase qui laisse croire que les dirigeants du pays laissent pourrir le système éducatif gabonais parce que leurs enfants n’apprennent pas dans les mêmes conditions que les autres. D’autres vous interrogent : « Le fils d’un Premier ministre gabonais peut-il apprendre dans une salle de classe où il manque un professeur de mathématiques ? » Nous n’en sommes pas certains. D’innombrables citoyens pensent que leurs enfants sont sacrifiés dans un système éducatif qui mérite d’être complètement réformé.
La dernière conséquence que nous relevons est la charge supplémentaire des enseignants qui tiennent à combler les vides dans les classes privées d’enseignants. Beaucoup d’enseignants décident souvent de prendre des classes supplémentaires afin d’aider les apprenants à qui il manque un ou deux enseignants. Cette décision n’est pas sans conséquence. En supportant une charge supplémentaire de cours (avec les encouragements des censeurs pédagogiques et des proviseurs dont le seul but est souvent de faire de bons résultats – pour protéger leur nomination – au détriment de la santé des collaborateurs enseignants), les enseignants volontaires mettent leur santé en péril. On ne compte plus les surmenages et les maux de tête interminables qui ont fini par émousser la volonté de ces derniers, voire par les dégoûter de l’enseignement. La santé est notre première richesse. Que reste-t-il à l’enseignant qui perd sa santé pour avoir voulu jouer les héros ? Rien, si ce n’est le rapport de ses chers censeur et proviseur qui stipule qu’il n’est plus régulier dans les salles de classe et qu’il « prétend » être malade. Le rapport précise : « Nous ne voulons plus de cet enseignant paresseux. Nous souhaitons vivement un autre professeur d’anglais. » Vous perdez votre santé pour avoir pris des classes supplémentaires, mais l’administration trouve que vous faites semblant d’être malade. L’ingratitude constitue malheureusement un grand mal dans cette noble profession.
Le chantier de l’éducation nationale gabonaise est énorme. Ce chantier exige des hommes et des femmes conscients et responsables afin d’en finir avec le saupoudrage et le colmatage qui consistent à étouffer les problèmes au lieu de les résoudre. Il faut absolument recruter des enseignants. Il n’y a pas de solutions miracles : le recrutement des enseignants est une solution inévitable. Pas besoin d’aller recruter des enseignants à l’étranger puisque de nombreux étudiants gabonais en fin de cycle frappent régulièrement à la porte de l’ENS, sans succès pour cause de limite de place. Il faut donner les mêmes chances à tous les élèves de notre cher pays, à tous les élèves du Gabon. Il faut donner des enseignants à tous les élèves du Gabon.
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Il est vrai que l’Etat doit recruter les enseignants, cependant reconnaissons que même quand il ya des enseignants,le problème se présente au niveau des affections.En effet,tous les enseignants sinon un grand nombre d’enseignants préfèrent rester en ville.Du coup,un système s’est crée,il suffit d’avoir une relation ou donner de l’argent pour ne pas être affecté à Mabanda par exemple.C’est par ailleurs pourquoi l’on retrouve des enseignants à Libreville qui se retrouvent avec 6heures de cours semaine,je dis bien 6heures. Il serait donc judicieux pour le Ministère de tenir compte de la demande des établissements et de vérifier si tous les enseignants atteignent le nombre d’heure selon leur diplôme.A mon avis,ce serait un début de solution en attendant les recrutements des enseignants .
Bonne analyse…